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un grand parti doit se parer, c’est que jamais, pour réussir, il ne fut autant besoin du double esprit de L sacrifice et de discipline.
Ces mots ont quelque chose de sévère comme la vérité. Mais par-dessus tout, avant tout, il faut s’acharner à dissiper les illusions dont, pendant de Jongues années, on a nourri ce pays. Il nous faut être vrais vis-à-vis de lui, vis-à-vis de nous-mêmes.
î Esprit de sacrifice |
J'ai prédit, parlant il y a près d’un an dans ma ville natale, que l’heure de la grande pénitence éco- nomique et financière avait sonné. J’annonçais, quelques mois à l’avance, les événements qui se sont déroulés, se déroulent ou se préparent. Seul l’es- prit de sacrifice nous prémunira contre les suites effroyables qu'ils pourraient entraîner.
Esprit de sacrifice non seulement chez les contri- … buables dont, avec infiniment de regret, je suis obligé - de solliciter rudement le concours en demandant un . effort à tous, d’abord aux grands, mais enfin à tous, aux moyens et aux petits comme aux autres. |
Esprit de sacrifice chez les favorisés de la fortune qui doivent se départir de l’égoïsme dont ils ont trop souvent fait preuve. N'affirmai-je pas à Lille dès 1911, que nous ne saurions vouloir en aucune manière d'une société où la paix serait faite du silence imposé aux uns et de l’égoïsme protégé des autres ? Mettez « sacrifice » là où j’écrivais « silence » et « rétablissement des finances » en place de « paix » <t ma pensée demeure, comme je demeure fidèle à la foi qui toujours anima mon action. Esprit de sacri-
fice chez tous ceux, qui, à d’autres degrés de l’ échelle sociale, attendent des amélibra tiens et qui devront assoupir pour un temps leurs revendications. Ils yv u consentiront car ils comprendront que les projets de . loi dispendieux ne peuvent réussir que dans un pays | à finances libres et fortes, et que rendre à la Nation "M sa liberté et sa force financière conditionne toutes les grandes entreprises. Que pourrait-on faire d’ailleurs M de durable, de consistant en un pays où les revenus, l'avoir, si modeste füt-il, des citoyens subiraïent les constantes oscillations du désordre financier ? LA
Amer de dissiper les voiles aimables maïs perfides du mirage. Dire la vérité sèche et nue à un pays dont pendant dix ans on n’a cessé de solliciter et de susciter la sensibilité en lui cachant des réalités, est tâche ingrate qu'il faut cependant accomplir. H faut avoir le courage de marteler que nous en sommes à l'heure décisive où la Nation doit réduire son train de vie pour le mettre en accord avec ses ressources. Gardons-nous, gardez-vous surtout, citoyens, de. croire qu'il existe ailleurs qu’en pays d'Utopie des remèdes merveilleux, une magie financière qui puissent préserver de la rigueur douloureuse des sacrifices quotidiens. Gardez-vous d'imaginer qu'il suffira de " manier une fois pour toutes le couperet pour que tout ‘10 soit remis en état.
Esprit de discipline, ai-je dit encore ? cl
Quand un parti, à la suite d’une large consultation dont le sens s’est renforcé au cours d'élections lo … cales, est investi du pouvoir, il a mission de placer à « la tête les chefs qu’il juge convenir à la tâche. S'il « aperçoit qu'il s’est trompé, pas d’hésitation permise. Qu'il les change ! Mais, s’il les accepte, s’il leur in: … {lige les lourdes responsabilités que les circonstances | imposent, qu'il leur accorde le temps de réaliser leurs 1 desseins, de remplir leur programme, quand bien même il paraîtrait, dans un pays où les individualités 1
sont riches d'idées, que des procédés, une méthode quelque peu différents pourraient être plus utilement mis en œuvre pour parvenir aux fins communes.
Se discipliner, saisir que chacun ne peut réaliser chacune de ses idées personnelles, qu'il est des moments où, selon la parole d’Alfred de Vigny, il faut « faire abnégation » tel me semble le devoir.
Vous ne m'en voudrez pas, citoyens, de l’énoncer avec une mâle franchise.
Et vous, jeunes hommes qui voulez bien m’entourer de votre confiance, peut-être parce que vous trouvez dans mon passé des preuves d'énergie et de courage, laissez-moi, en vous répétant l'émotion dont la chaude sincérité de votre accueil emplit mon cœur, formuler un souhait et vous adresser un conseil.
Le souhait ? C’est que vous connaissiez des temps moins atroces que Ceux que nous avons subis, que vous ignoriez une époque où, selon le mot d’un grand écrivain, la « civilisation s'arrête, où les grossières questions de destruction brutale remplacent, pour longtemps celles du progrès des idées dans la paix ». Puissiez-vous, jeunes fils de France, être toujours à l'abri de ces cataclysmes dont j'avais tout fait — vous le savez — pour épargner l’avènement à mon pays. | Le conseil ? Ceignez vos reins en entrant dans la vie où vos aînés ont le devoir austère de réclamer de vous l’esprit de mesure, l’esprit de sacrifice, l’esprit de discipline. Surtout remémorez-vous ce que j'ai dit. Soyez vrais, demeurez fidèles à vos idées. La sincérité, la fidélité aux idées c’est, voyez-vous, la pudeur de l’homme.
Je formule ces souhaits et ces conseils dans l’abandon un peu mélancolique qui précède l'heure des . départs. Ils tombent des lèvres d’un homme qui fut … attaqué avec une violence, avec une furie presque
sans précédent, qui a souffert, durement souffert, et qui n’en a que plus de qualité pour crier bien haut que ses forces, sa vie ont été, sont consacrées au culte passionné de la France et de la République.
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