HO LES NOUVEAUX ET LES VÉTÉRANS
ce qui annonçait qu'il choisissait peu ses modèles.
Bien que si près de moi, ils ne semblaient pas me voir. La première fois que je parlai à Poret, ce fut un matin en allant au collège. Je le rencontrai rue des Tournelles , où il promenait son chien. Je l'observai mieux. C'était alors un petit homme fort taciturne , allant toujours tête nue. Ce qui me semblait singulier, c'est qu'avec cette nature concentrée et silencieuse , il fût inséparable du plus rieur, du plus espiègle des écoliers. Peut-être était-ce parce que , Révol parlant toujours, il s'en amusait sans être forcé de répondre.
Mais, si cette amitié légère était de mise entre enfants , elle ne pouvait convenir à un jeune homme. Dès que Poret grandit, peu à peu il se rapprocha de moi, et, sans nous en être aperçus , nous nous trouvâmes liés étroitement. J'avais en Poinsot un ami d'un caractère tout semblable au mien; j'eus en Poret un ami d'un caractère opposé; mais cette différence même, qui n'était d'ailleurs que dans la forme, a rendu notre liaison calme et heureuse. Des contrastes naissent les harmonies.
J'avoue que je crois devoir beaucoup à Poret Son amitié a trempé mon âme. Aucune des liaisons que j'ai pu former depuis, n'a eu rien de commun avec celle-ci Poret, et Poinsot, que j'ai eu le