‹ Ma jeunesseChapitre 25 sur 40 · LES NOUVEAUX ET LES VÉTÉRANS · texte numérisé non relu

LES NOUVEAUX ET LES VÉTÉRANS

malheur de perdre sitôt, sont les seuls vrais attachements de nia vie, les seuls profonds et salutaires.

Je ne puis assez remercier Dieu de pareils bienfaits. S'il m'a fort mal partagé du côté de la fortune, et médiocrement doué pour l'esprit, en revanche il m'a donné , et même prodigué, les objets les plus dignes d'être aimés; il m'a fait successivement connaître des personnes d'un cœur vraiment rare, en sorte que j'ai toujours quelque peine à croire que tout ce qu'il y a de bon, de vertueux sur la terre ne soit pas autour de moi.

Lorrain, un autre vétéran, ami de Poret, n'était pas le mien, mais il m'amusait par ses plaisanteries tant bonnes que mauvaises. C'était encore un enfant, bien léger, avec de l'esprit, de la vivacité ; l'expression soudaine et juste. Il avait trop peu de suite dans les idées pour être opiniâtre au travail. Il n'avait pas assez de sérieux pour être bon ou méchant. Il était impayable par son talent d'imitation. Ses professeurs étaient ses plastrons. Je ne sais s'ils s'en apercevaient ; en tout cas, ils ne l'aimaient guère. Il y avait en lui des contrastes singuliers: il était bouffon jusqu'à l'effronterie; puis, tout à coup, il rougissait comme une jeune fille.

Page 1