‹ Ma jeunesseChapitre 4 sur 40 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

meot de la pensée, nous ne le verrons pas. En ce qui me concerne, tout me fait pressentir que ce lendemain aura déjà sonné pour moi l'heure 4e réterni té. »

Et il avait dit: Non^ à cette chose douce et profitable , qui s'offrait à lui pour la dernière fois. Mais il ne put se résigner à renoncer, sans avoir satisfait à demi son désir, écrit succinctement, pour lui-même, les souvenirs qui s'éveillaient en foule dans son esprit.

Bien peu de pages sont rédigées à la manière de Rousseau, de Chateaubriand et de tant d'autres confessions, dans la lente contemplation du passé où se mêle, je ne sais quelle inquiétude amoureuse de l'artiste pour son œuvre. Qui est sûr, en pareil cas , de ne pas voir les temps écoulés à travers un prisme trompeur? Quel est l'écrivain qui , pour se satisfaire , ne sacrifie , même sans le vouloir, une forte part de la vérité aux exigences de la forme?

Le contraire arrive, lorsque, par un courant naturel , « la vie intime est partout mêlée à, la vie d'étude, » selon l'expression de Michelet. En pareil cas, rien d'apprêté, ni de convenu. L'enchevêtrement quotidien des idées et des sentiments est la meilleure garantie de leur sincérité. On a le jet de la pensée dans toute sa spontanéité

Page 1