PRÉFACE XV
sainte , ils le voyaient promener, d'une main frémissante, sous ces voûtes sombres, la torche évocatrice, et l'entendaient, nouveau Christ au tombeau de Lazare, appeler un à un, par leur nom, les grands morts du passé.
Tous, à cette voix qu'ils semblaient reconnaître, obéissaient, se levaient, sortaient de la poussière du sépulcre, non en pâles fantômes qui parlent tout bas à notre oreille, mais en vrais ressuscites, en hommes de chair, tout prêts à rentrer une seconde fois dans l'action, à revivre dans une réalité saisissante , le drame héroïque, la passion ou la divine comédie qui fut leur destinée. Il les sommait en juge ou en ami, et tous, peuples et rois, revenaient, docilement, combattre pour lui, sous ses yeux, le bon ou le mauvais combat de leur vie antérieure, lui confesser leurs actions les plus secrètes, que le monde eût pu à jamais ignorer. On eût dit qu'ils le savaient un voyant auquel on ne peut rien dérober. Subissant tous l'attraction magnétique de son regard, ils venaient, d'eux-mêmes, lui livrer les replis les plus cachés de leur âme. Et, s'il le voulait, ils consentaient aussi à reprendre le fardeau de leur vie passée, à souffrir, peiner durement, si c'étaient les pauvres gens du moyen -âge 1 Quand leur tâche était accomplie, leur dernier jour