‹ Ma jeunesseChapitre 9 sur 40 · PRÉFACE XVII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XVII

Voilà ce que Michelet a voulu dire, lorsqu'il â écrit que sa vie intime était mêlée partout à sa vie d'étude. On rencontre, en eflet, à chaque instant, dans ses papiers inédits, des fragments semblables à celui que je viens de citer. Gela me dispense d'insister davantage, pour témoigner de la vérité de cette parole : « Si je n'écris pas mes Mémoires, j'en laisserai tous les éléments. »

Maintenant, quelle a été, dans ce volume, la part de sa veuve ? Pour que le lecteur le comprenne, il faut dire un mot de ce qu'a été notre mariage, et de la place que j'ai tenue dans la vie de Michelet.

Lorsqu'un gouvernement brutal eut brisé sa chaire du Collège de France^ et qu'il eut perdu cet auditoire unique au monde, dont la fine ouïe percevait sa pensée, avant même qu'elle ne fût dite, il ne se départit pas, pour cela, delà coutume qu'il avait prise d'enseigner ses livres avant de les écrire. Seulement, au heu des quinze cents élèves de tout âge et de toutes les nations qui se

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pressaient, pour l'entendre, dans une saire trop étroite, il n'en eut plus qu'un seul, sa jeune femme.

Grande clîute, de se trouver, tout à coup, ré-, duit à une modeste écolière. On plaindra Michelet d'avoir tant perdu. Et je n'y contredirai pas.

Lui, au lieu de s'en plaindre, parut trouver un certain charme au changement. Les leçons gardèrent leur verve et leur entrain accoutumés. Les circonstances du jour, en marquant leur empreinte sur la pensée, y ajoutèrent la note intime qu'il est délicieux, parfois, d'entendre résonner encore au bout de tant d'années.

Ces circonstances tenaient, en partie, à notre état de pauvreté. Il faut se souvenir que nous venions de nous marier, quand le second Empire — fidèle à la tradition du premier, qui ruina cinq fois le père de Michelet, — nous fit son présent de noces, en supprimant, d'un seul coup, toutes les ressources du ménage. D'abord, il ferma la bouche au professeur pour le punir de son ferme enseignement républicain; puis, il destitua l'archiviste pour son refus de serment. Les livres de classes adoptés par la Restauration même, pour tous les lycées de France, furent jugés pernicieux pour la jeunesse, et, comme tels, rayés du catalogue universitaire.

Eûfîn, chose qu'on aura peine à croire, la peu-

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