J. B. PROULX, PTRE, V. À. U. L. M
Quésec, 16 janvier 1891.
Sa Grandeur Mer A. RACINE, (1) Evêque de Sherbrooke.
MoNSEIGNEUR,
Je suis venu à Québec faire une déclaration à Son Eminence le Cardinal Taschereau, sur la demande (rogatum) de Notre Très Saint Père le Pape, à moi transmise par Son Eminence le Cardinal Simeoni. Cette demande, d’une haute politique et d’une profonde diplomatie, n’a rien de disgracieux pour moi (au contraire !), et s’accorde parfaitement avec tous les sentiments de mon présent et de mon passé.
Après avoir pris un conseil prudent, j'ai rédigé cette déclaration et je suis venu la porter, sans en avoir parlé à Nosseigneurs les Evêques de la Province de Montréal, comme elle me regarde surtout personnellement, et comme je tiens à ne pas mêler Vos Grandeurs dans ce qu’il pourrait y avoir de litigieux dans
(1) Lorsque j'aurai à citer une lettre écrite en même temps au Très Rév. L, D. A. Maréchal, administrateur de Montréal, à Monseigneur L,. Z. Moreau, évêque de St-Hyacinthe, et à Monseigneur Racine, évêque de Sherbrooke , je donnerai ordinairement la copie, adressée à ce dernier, comme de ces trois vénérés personnages, Monseigneur Racine est le doyen pour l’âge et pour l’ancienneté dans la dignité épiscopale.
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la question embrouillée que nous avons à tirer au clair. Je me suis donné pour mission d’être, au besoin, le paratonnerre qui préserverait de la foudre des influences plus nécessaires que la mienne.
J'avais mis dans mon programme de m’en retourner par Sherbrooke et St-Hyacinthe, pour faire part à Votre Grandeur de cette demande et de cette déclaration ; maïs l’absence de mon desservant me force de retourner tout droit à St-Lin pour dimanche. Je reprendrai mon voyage et mon plaisir dans le courant de la semaine prochaine, si le vent et la neige ne viennent pas y mettre obstacle.
En attendant, vous ne serez pas fâché d'apprendre que, chez Monseigneur le Cardinal, tout s’est passé avec un décorum parfait. Seulement Son Eminence, un peu émue, a dit qu’'Elle n’était pas satisfaite de ma déclaration. ‘ Eminence, je vous ai écris mot-d-mot,
et même plus, ce que notre Saint-Père le Pape m'a | fait demander de vous déclarer. Que peut-on exiger davantage ? — Tenez, ce que vous auriez de mieux à faire, ce serait de vous retirer de l’Université. —Eminence, je n'ai pas attendu cette invitation pour le
désirer moi-même. Ma résignation, écrite le 15 décembre, est entre les mains de Nosseigneurs les Evéques de la Province de Montréal depuis le 81 du même mois ; obtenez de Leurs Grandeurs qu’Elles veuillent bien l’accepter, et je vous en remercierai.” Je crois fermement que, en tout cela, Son Eminence, { dont tout le pays connaît le sang-froid habituellement imperturbable et la bonté de cœur, comme celle de
César, poussée envers ses amis usque ad pœnitentiam, est, hélas ! ce me semble bien à contre-cœur, l’interprète d’une situation qu’il ne peut dominer. Je lui répétai de nouveau l’expression de mes sentiments de respect, d’admiration, de vénération: ce qui est vrai au pied de la lettre.
Quel est le but de cesrécriminations interminables ? Veut-on, en semant le doute, en augmentant les causes de défiance, en créant une situation incertaine et instable, empêcher à Montréal l’affermissement et le développement de la belle position qu’est venue nous apporter l’union légale entre les deux Ecoles de Méde. cine ?
Evidemment, je suis un cauchemar quelque part. On désire ma retraite ; en cela on voudrait avoir, sans doute, une satisfaction pour de cruels désappointements: je pardonne volontiers ce désir, car il s’accorde si bien avec le mien. Mais là où l’on se trompe, c’est en croyant que ma retraite apportera la hausse dans certaines idées d’un passé qui ne reviendra plus: ou mon successeur suivra la politique mitoyenne que nous avons tracée tous ensemble, et alors il n’y aura rien de changé; ou il tombera dans l’un ou l’autre extrême, et alors, je le crains fort, l’Université Laval n’a pas vu ses plus mauvais jours à Montréal.
J'aurai aussi à vous parler d’affaires d'argent pour l’Université : de belles perspectives monétaires, sérieuses et saisissables, semblent s'ouvrir devant nous, mêlées à des mirages plus ou moins fantastiques. Mais je vous exposerai ces choses de vive voix, et
croyez q respect,
De ret nence le faire con que j’ava Saint-Pà; ‘que le
complète
Province
et XIII
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croyez que je demeure toujours, avec un profond respect,
De Votre Grandeur, Monseigneur, Le très dévoué serviteur,
J.B. PROULX, Prre, V.R. U. L. M.
De retour à Montréal, j'envoyai à Son Émi-
nence le Cardinal Simeoni une lettre pour lui
faire connaître la peine, inattendue et profonde,
que j'avais éprouvée du chagrin ressenti par le
Saint-Père, et un mémoire pour lui démontrer “ que le Vice-Recteur s’est conduit, en tout, complètement en union avec les évêques de la
Province ecclésiastique de Montréal ?” (N° XII
et XIII).
Sr-Lin DES LAURENTIDES, 18 janvier. 1891.
A Sox EMINENCE LE CARDINAL SIMEONI, Préfet de la S. C, de la Propagand
EMINENTISSIME SEIGNEUR
Au milieu des joies que m'a apportées, ainsi qu’à tout le pays, l'union des deux Ecoles de Médecine, le triomphe des lettres apostoliques au milieu de nous, j'ai ressenti le plus grand chagrin de ma vie: ça été d'apprendre la peine qu’a causée à Notre Très Saint Père le Pape la plainte de Son Eminence le Cardinal Taschereau.
L'appui le plus puissant qui m'avait soutenu au milieu de mes travaux fastidieux était, sans contredit, le désir d’exécuter la volonté du Saint-Pèrr et cette volonté enfin l’emportait.
Je me faisais comme un rêve de bonheur, de songer à la joie que cette bonne nouvelle allait apporter au Vatican. Et je me disais à moi-même, avec Mgr l'Evêque de St-Hyacinthe: comme on a dû être content à la Propagande d'apprendre l’heureuse réussite du bill!
Il est bien vrai de dire avec le proverbe: il n’y a pas de rose sans épines, de médaille sans revers.
Mais, le premier moment de surprise passé, ce qui me console, c’est que, dans mon âme et conscience, je n'ai jamais voulu manquer de respect à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec; c’est que j’ai agi en tout de concert avec les évêques de la province de Montréal; c’est qu’on ne peut supposer que M.
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Sherbroo leurs ami Eminenc tort à l’Ui Si donc devait y £ décrets rc Cardinal circonstar position tout autre sommes p Fasse le plus secr véritables que les bo Plaise à notre end jamais no ment ; et d'enfants et plus air Montréal, un respect
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l’Administrateur L. D, A. Maréchal, Mgr l’Evéque de Sherbrooke et Mgr l’évêque de St-Hyacinthe, les meilleurs amis de l’Université, les meilleurs amis de Son Eminence le Cardinal Taschereau, aient voulu fuire tort à l’Université, aient voulu offenser Son Eminence,
Si donc on a été obligé d’agir de cette manière, il devait y avoir des raisons majeures, afin de sauver les décrets romains eux-mêmes ; et si Son Eminence le Cardinal Taschereau s’est trouvé, par le malheur des circonstances et la maladresse des hommes, dans une position pénible, nous l'avons regretté autant que tout autre et, je le proclame hautement, nous n’en sommes pas la cause première.
Fasse le Ciel que la lumière pénètre les replis les plus secrets de cette question embrouillée, que les véritables motifs d'action paraissent au grand jour, que les bonnes volontés brillent |
Plaise à Dieu que le Saint-Père ne soit jamais, à notre endroit, sous une impression pénible; que jamais nous ne lui causions le moindre mécontentement ; et qu’il daigne croire qu’il n’a pas, au Canada, d'enfants plus soumis, plus respectueux, plus dévoués et plus aimants que le Vice-Recteur de l’Université à Montréal, de même que personne ne demeure, avec un respect plus profond,
De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,
J.B. PROULX, Pres, V. R. U. L. M.
MonTRéaAL, 21 janvier 1891.
Son EMINENCE LE CARDINAL SIMEONI, Préfet de la S. C. de la Propagande.
EMINENTISSIME SEIGNEUR
J’ai l'honneur de vous envoyer sous ce pli, un mémoire qui démontre que, dans l'affaire de l’union des deux Écoles de Médecine, j'ai suivi en tout les directions des Evêques de la province de Montréal ; ainsi le blâme que l’on voudrait attirer sur ma conduite, rejaillirait directement sur ces prélats, qu ont toujours été les amis les plus dévoués de l’Université Laval. Mais, je le répète, en autant qu’il dépendra de moi, périsse ma réputation, sombre mon avenir, et devienne nul le reste de ma vie, plutôt que l’autorité épiscopale souffre une diminution de respect et de considération.
Déjà, par mon mémoire du 15 du courant, adressé à Son EÉminence le cardinal Taschereau, et dont j'ai envoyé une copie à Votre Eminence, j’ai établi que Mgr Paquet n’était pas ignorant de mes démarches, autant qu’il semble le dire. Il connaissait notre volonté de faire l’union par le ministère des Evêques de la province de Montréal, au moins depuis trois mois; et la nature des arrangements conclus entre les Evéques et l’École de Médecine, depuis deux mois. Si
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Son Eminence le cardinal Taschereau a ignoré ces choses jusqu’au 8 novembre, alors que lui fut envoyée la lettre pastorale des Evêques de la province de Montréal, qui les lui apprirent certainement, c’est que Mgr Paquet, à qui il appartient de communiquer directement avec le Chancelier Apostolique, n’avait pas jugé à propos de les lui faire connaître.
Maintenant, pour quelles raisons ne pouvions-nous pas consulter officiellement le Conseil Universitaire, c’est ce que j'ai déjà exposé à Rome le premier juin 1890, dans mon mémoire ‘‘sur la nécessité de l’influence épiscopale dans le règlement de nos difficultés universitaires,” et c’est ce que j’exposerai, d’une manière encore plus complète, dans un nouveau mémoire auquel je suis à mettre la dernière main.
De plus, je me propose de démontrer, dans un
autre mémoire, clairement et irréfragablement, que le bill de l’École, bien loin de froisser les droits uni-
versitaires et de blesser les décrets romains, en est, des uns et des autres, la reconnaissance et la confirmation la plus évidente.
Avant d’en arriver à une conclusion défavorable pour seux qui ont tant travaillé et tant souffert, à Montréal, pour le succès des décrets apostoliques, j'espère qu’on voudra bien attendre l’arrivée des mémoires ci-haut annoncés, dans lesquels je prétends compléter l'étude de la question sur toutes ses faces ; dars tous les cas, je le demande à Votre Eminence respectueusement et instamment.
Une nouvelle tactique que l’on invente pour me
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combattre, c’est de me faire dire ce que je n’ai jamais même pensé. Ces rumeurs impossibles, que l’on met en circulation librement dansle pays, on pourrait bien leur faire traverser les mers, et les envoyer jusqu’au Vatican. Vous connaissez, Eminence, mon respect pour toutes les autorités constituées ; veuillez croire que, depuis mon retour de Rome, je n’ai pas renoncé à ces traditions de réserve et de modération qui ont toujours fait le caractère de ma conduite. Par-de - 48 tout, je resterai fidèle aux sentiments d’estime que m'ont inspiré les Congrégations romaines et aux souvenirs de vénération filiale qu'a conçue pour Votre Eminence,
Éminentissime Seigneur, Votre très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, PrRe, V. R. U. L. M.
MÉMOIRE
Où il est démontré que le Vice-Recteur s’est conduit, en tout, complètement en union avec les Evêques de la Province ecclésiastique de Montréal.
MonTRéaAL, 21 janvier 1891.
À SON ÉMINENCE LE CARDINAL SIMEONI, Préfet de la S. C. de la Propagande.
ÉMINENTISSIME SEIGNEUR, Le 15 de ce mois, j’annonçais à Votre Éminence qu’Elle recevrait, sous peu, la preuve que je me suis
conduit, médiate e Montréal messe.
Pour l’a culier, qu j'eus soin respondan deurs ; et) voyage de j'ai reçu d ments, et) ter, de prè
A l’app les lettres sont que lé neur d’avo diatement nombreuse lettres en 1
‘ J'appr ‘ faire.—Tl ‘succès e ‘choses n ‘courage.
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conduit, en tout, complètement sous la direction immédiate et minutieuse des Évêques de la province de Montréal ; je viens aujourd’uui m’acquitter de ma promesse.
La LI 14 LA Pour l’affaire de l’union des deux Ecoles, en parti-
culier, que je savais être plus délicate que touteautre, j'eus soin de me tenir en communion intime, en c:rrespondance fréquente et habituelle avec Leurs Grandeurs ; et j'ai fait plusieurs fois, à cette occasion, le voyage de St-Hyacinthe et de Sherbrooke : toujours j'ai reçu de sages directions, de puissants encouragements, et jamais un seul mot qu’on pourrait interpréter, de près ou de loin, comme le moindre blâme.
A l’appui de ce que j’avance, je n’ai qu’à rapporter les lettres de Nosseigneurs les Évêques, lesquelles ne sont que l’écho fidèle des conversations quej’aieul’honneur d’avoir avec Leurs Grandeurs. Je cite ici immédiatement quelques paroles cueillies ça et là dans cette nombreuse correspondance ; on trouvera plus loin les lettres en leur entier.
“ J'approuve avec plaisir tout ce que vous venez de ‘€ faire.—Il faut marcher de l'avant, je vous souhaite ‘succès et courage.—Je vois avec plaisir que les ‘choses marchent rapidement et sûrement.—Bon ‘ courage.—Que d'actions de grâces ne devons-nous ‘ pas au Ciel pour le succès final de cette mesure ‘“importante.—Je compte sur votre prudence, votre ‘* habileté et votre dévouement.—Je vous remercie de
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‘ tout cœur.— Vous avez réussi au-delà de toute espé- ‘‘ rance, malgré les obstacles qui surgissaient de tous ‘* côtés. Aussi je vous offre mes plus sincères félicita- ‘tions. Vous avez travaillé sicut bonus miles Christi.—
‘ Le bill n’est pas mort ; au contraire, il est plein de
‘“ vie, grâce aux soins empressés que.vous lui avez “ donnés, et au travail constant que vous vous êtes ‘imposé. T est bien votre enfant, et l’enfant de votre de .ieur.—Vousavez si bien rempli jusqu’à présent votre important office de Vice-Recteur, qu’il ne peut venir à la pensée des Evêques de la province d’en mettre un autre à votre place. Pour ma part, en tout cas, je ne consentirai pas à ce que vous abandonniez le champ de bataille. —Que le bon Dieu vous donne santé et courage; la bataille n’est pas encore terminée, je veux dire la dernière. Le champ a été glorieux pour vous, et je vous félicite de nouveau de tout mon cœur. Je ne crois pas que les ‘* Evêques consentent à remplacer un général brave, ‘“ expérimenté et victorieux par un soldat, quelque ‘ brave qu’il soit.”
Ca
Or, quels sont ceux qui iugent à propos de me donner des témoiïzsnages d'approbation aussi formels et ausai éclatants? 1° Le très révérend L. D. A. Maréchal, V. G., Administrateur de l’archidiocèse de Montréal, ancien et constant ami de l’Université ; 2° Sa Grandeur Mgr L. Z. Moreau, évêque de St-Hyacinthe, qui a généreusement et noblement souffert pour sa fidélité inébranlable à la cause universitaire ; 3° et Sa Grandeur Monseigneur A. Racine, évêque de
Sherbroo pathies e personne.
nelle, ces permette les choses relations d'intérêts Quand Avant, pe Pourqu prononcé tune de r Monseign date du 9 ‘“tent, àl ‘“ du bill.
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(1) On dé bill à l’Ae qui l’y ava
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Sherbrooke, dont les vieilles amitiés et les fortes sympathies en faveur de Laval ne sont un secret pour personne. Mais, dans cette circonstance exceptionnelle, ces vénérés prélats se sont montrés, qu’on me permette de le dire, des hommes supérieurs, jugeant les choses de haut, chez qui le bien général prime les relations d'intimité personnelle et les aspirations d'intérêts particutiers.
Quand m’a-t-on donné ces marques d’approbation ? Avant, pendant et après la lutte.
Pourquoi ces marques d'approbation étaient-elles si prononcées ? Parce que, enfin, j'avais eu la bonne fortune de réussir à faire triompher les décrets romains. Monseigneur l’évêque de St-Hyacinthe m'écrivait, en date du 9 décembre 1890: ‘* Comme on a dû être con- ‘tent, à la Propagande d’apprendre l’heureuse réussite “ du bill. Monseigneur Jacobini s’est empressé, sans ‘aucun doute, de porter cette belle nouvelle au Va- “tican. Et Monseigneur l’Archevêque de Montréal ‘ doit avoir bien du plaisir de voir se terminer une ‘ affaire qui lui a causé tant de malaise et d’ennui.”
Et pendant ce temps-là (qui l’eût supposé ?), on essayait de faire croire à la Propagande que j'avais violé les décrets r mains. Et tout en approuvant avec éclat, bon gré mal gré, la mesure comme bonne, on voulait sous main perdre l'homme dont la vigueur et la modération l’avaient menée à bonne fin. O dérision des choses humaines ! (1)
(1) On décorait l'Hon. Premier ministre qui avait présenté le bill à l’ Assemblée Législative, et on dénonçait le Vice-Rècteur qui l’y avait apporté!
Pour faire une preuve plus complète, afin de n’y plus jamais revenir, avant de citer les lettres qui approuvent ma conduite dans l'affaire de l’union des deux Écoles de Médecine, qu'il me soit permis d’énumérer les témoignages de confiance que m'ont donués Nosseigneurs les Evêques de la provinces de Montréal, antécédemment, depuis que j'ai l’honneur pénible et onéreux d’occuper cette charge de Vice- Recteur.
1° Le 31 juillet 1889, je recevais de Monseigneur Edouard Charles Fabre la nouvelle de ma nomination dans les termes suivants, où la délicatesse le dispute à une paternelle amitié, dont je ne puis ne pas me trouver excessivement honoré :
‘M. le Curé,— Les Evêques de la province de ‘ Montréal, comme vous !o savez, se sont réunis le 23 ‘ pour l'affaire de Laval. Ils ont aussitôt écrit à Qué- ‘ bec pour donner le nom du Vice-Recteur choisi par ‘eux. M. Marcoux nous avait dit que le nom envoyé ‘* serait certainement accepté, mais que l’on ne pou- ‘ vait pas le nommer officiellement avant la réunion ‘ du Conseil Universitaire. A cela, je lui ai dit qu’il ‘ était important de faire connaître de suite au public ‘le nom de celui qui était choisi, afin de pouvoir ‘aussitôt se mettre à l’œuvre. Il m’a promis de s’en ‘occuper. Monseigneur Racine, notre secrétaire, a ‘* écrit à Québec, et j’en ai fait autant. Je vois par les ‘journaux de ce matin que Son Eminence le Cardi-
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‘ nal est 4 “ ceci me ‘tôt.—A ‘“ dîner, d “l'avait i ‘ de St-Li ‘“ s’inform ‘rumeur.
‘ de doute ‘“ père qu’ ‘‘ savez à ‘“ beaucou “ ce soit là ‘en entra DA PE À ‘reçois à 1 “qui man ‘ Deo grati 2° Le 13:
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manifestes « réponse qui “M. le V “lettre du “avoir fai “que vous ‘et exprim ‘vous offre.
“ l'Universi “vous dire
ss A ne
‘* nal est arrivé hier d’une excursion à l’Ile-aux-Grues ; “ ceci me fait espérer que j'aurai des nouvelles bien- ‘tôt.—Avant-hier, M. Douville, de Nicolet, a dit à un “ dîner, où il y avait plusieurs personnes, qu’on “ l'avait informé à Québec que c'était M. Proulx, curé ‘“ de St-Lin, qui avait été choisi. Quand quelqu'un ‘ s’informe, nous nous contentons de donner cette ‘“ rumeur. Tous ceux qui entendent cela, n’ont plus ‘ de doute.—Vous devez venir à Lachine mardi, j’es- ‘ père qu’alors tout sera public. En attendant, vous ‘“ savez à quoi vous en tenir. Les médecins se voient ‘beaucoup. Il y a espoir de fusion. Priez Dieu que “ ce soit là votre premier succès, qui, naturellement, ‘en entraînerait bien d’autres. Tout à vous.
‘ P. S.—J’ouvre cette lettre pour vous dire que je ‘ reçois à l'instant de Monseigneur Paquet une lettre ‘qui m’anonce que vous êtes nommé Vice-Recteur. “ Deo gratias!”
2° Le 13 novembre 1889, j'offris ma démission à Mgr l’Archevêque de Montréal, surtout à raison de conflits manifestes d'opinions que je désirais éviter. Voici la réponse qui me fut donnée:
‘M. le Vice-Recteur,—j’accuse réception de votre “lettre du 13 octobre courant, dans laquelle, après “avoir fait connaître quelques-unes des difficultés “que vous rencontrez dans l’œuvre de l’Université,
‘et exprimant la crainte de ne pouvoir les surmonter,
‘vous offrez votre démission comme Vice-Recteur de “ l'Université Laval à Montréal. En réponse, je dois “vous dire que je ne crois pas à propos d'accepter
‘ votre démission ; je vous exhorte donc à continuer ‘“ de travailler pour le succès d’une œuvre dans ‘laquelle vous pouvez compter sur la bienveillance ‘ de l’Archevêque et des Evêques de la province de ‘ Montréal qui vous ont appelé, et sur le concours des ‘autorités universitaires de Québec, qui ont ratifié ‘ votre nomination.—-Espérons que la divine Provi- ‘ dence, secondant vos efforts, aplanira les obstacles ‘ que vous signalez, et vous fera obtenir le succès que ‘ vous désirez pour le bien de la religion et du pays.”
8° Le 19 novembre 1889, le dit Seigneur Archevêque, au milieu des difficultés sans cesse renaissantes qui m'assaillaient de tous côiés, me faisait le plaisir, et me donnait la douce consolation, de m'écrire: ‘* Conti- ‘ nuez avec courage votre œuvre de dévouement, ‘“ Jusqu'ici, vous avez bien fait.”
4 Le7 janvier 1890, Nosseigneurs les Évêques de la Province de Montréal me déléguaient, pour affaire très importante, auprès du Saint-Siège ; et la lettre d'introduction qu’ils me remettaient pour son Éminence le Cardinal Simeoni, préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande, était conçue dans ces termes flatteurs :
‘ Par suite des circonstances dans lesquelles nous ‘ nous trouvons actuellement à Montréa!, au sujet de “ notre Université, j'ai cru devoir charger M. J. B. “ Proulx, Vice-Recteur à Montréal, et porteur de la ‘‘ présente lettre de se rendre à Rome pour faire con- ‘t naître exactement la situation. Ce monsieur a pour ‘ mission d'exposer, entre autres choses, à Notre
“Saint Pè:
‘naux :..…..
“JT. B. Pro ‘“rents poir “gion et ce “ que je pre “ der d’une “ Votre Em Et cette le ques Racine cinthe.
5° ‘ Edou “et du Sièg ‘etc., etc. A ‘en Notre-S “des nrésen “ Laval à M.
“une missio “les intérêts “ dons instan “ Éminentis:
“ Archevêque “les personn “ d’avoir reco “reconnaissa:
“seront acc ‘1890, sous r “notre chan:
“ Montréal.” 6° Jen’aip
“ Saint Père le Pape et aux Éminentissimes Cardi-
:... L’entière confiance que j’ai en Monsieur “J. B. Proulx me fait espérer qu'il tra‘tera ces difré- “rents points de manière à procurer le bien de la reli- “ gion et celui de notre Université; et c'est pour cela ‘ que je prends la respectueuse liberté dele recomman- “ der d’une manière toute particulière aux bontés de “ Votre Eminence.”
Et cette lettre fut signée par Nosseigneursles Évéques Racine et Moreau, de Sherbrooke et de St-Hyacinthe.
5° “ Edouard Charles Fabre, par la grâce de Dieu “et du Siège Apostolique, Archevêque de Montréal, ‘etc. etc. A tous ceux qui verront les présentes, salut ‘en Notre-Seigneur.—M. l’abbé J. B. Proulx, porteur “ des nrésentes lettres, Vice-Recteur de l’Université “ Laval à Montréal, se rend à Rome pour y remplir “une mission spéciale dont nous l’avons chargé dans “les intérêts de notre Université. Nous recomman- “ dons instamment ce monsieur à la bienveillance des “ Éminentissimes Cardinaux, de Nosseigneurs les
“ Archevêques et Evêques, et généralement de toutes “les personnes auxquelles il serait dans l’occasion
# d’avoir recours, et nous exprimons d’avance notre “reconnaissance pour tous les bons offices qui lui “seront accordés.—Donné à Montréal le 9 janvier 1890, sous notre seing et sceau, et le contreseing de “ notre chanzelier.—Edouard Charles, Archevêque de Montréal.”
6° Je n’ai pas sous la main, actuellement, les lettres
que Mgr Fabre, Archevêque de Montréal, m'a écrites pendant les cinq mois et demi que j’ai séjourné dans la ville éternelle. Heureusement, car je serais embarrassé dans le choix de mes citations ; et, outre que j'en ai collationné assez pour faire une preuve surabondante, je ne voudrais pas exercer outre mesure la patience de Votre Eminence.
Passons maintenant à l’affaire de l’Union qui m’a valu d’un côté tant d’accusations, et de l’autre tant d’approbations : accusations intéressées, approbations désintéressées.
1° Le 3 septembre 1890, les Evêques de la province de Montréal nommaïent un comité pour s’aboucher, en leur nom, avec l'École de Médecine et de Chirurgie de Montréal, et en tête de ce comité ils inscrivaient le nom du Vice-Recteur, Messire J. B. Proulx.
2° Dans leur lettre pastorale du 8 novembre 1890, Nosseigneurs les Évêques, après avoir relaté ce qu'a fait le Vice-Recteur de concert avec les membres des deux comités (comité des Évêques et comité de l'École de Médecine), ils approuvent le tout en ces termes expressifs :
‘ Nos très chers Frères, si nous vous mettons au ‘ courant de ces procédés, si nous vous relatons tous ‘* ces détails, c’est que nous sommes heureux de vous
‘ faire voir que toutes les précautions ont été prises ‘ pour respecter les droits d’un chacun, et que les
‘hommes ‘ont su s'é “ leur étaie ‘ cette reco “une quest “ mais par “plus serei “ d’apprend ‘ce projet « ‘esprit de « ‘Cosculatæ 81 3° Lettre.
trateur de N 1890 :
“# Nous, sc “MJ. B. Pr “ Montréal, “ de la prov ‘en leur no:
“de Québe.
“ l'union ent Montréal e “ Laval à M teur de Mon
4 Passons et voyons ct Recteur, can:
suite de tém teur L, D. À n’est pas qui
in
‘hommes qui ont été chargés detraiter cette affaire, ‘ont su s'élever à la hauteur des grands intérêts qui “ Jeur étaient confiés, ayant voulu suivre à la lettre “ cette recommandation du Saint-Siège : ‘Ce n’est pas “ une question à juger par des impressions de parti, “ mais par des vues de bien public plus élevées et “ plus sereines.… Vous serez heureux, sans doute, “ d'apprendre que les comités, chargés de préparer “ ce projet d’union, se sont entendus dans un grand ‘esprit de conciliation et de justice: Justitia et pax “ osculatæ sunt.”’ (Supplément, Document No XIIT).
3° Lettre de délégation donnée par M. l’Administrateur de Montréal au Vice-Recteur, le 9 novembre 1890 :
“ Nous, soussignés, déclarons par les présentes que M.J. B. Proulx, Vice-Recteur de l’Université Laval à “ Montréal, est autorisé par Nosseigneurs les Évêques “ de la province ecclésiastique de Montréal, à suivre, ‘en leur nom, auprès de la législature de la province “de Québec, la passation du bill qui doit amener “ l'union entre l’Éccle de Médecine et de Chirurgie de ‘ Montréal et la Faculté de Médecine de l’Université # Laval à Montréal.—L. D. A. Maréchal, Administrateur de Montréal.”
4 Passons aux jours les plus tourmentés de la lutte, et voyons ce que les Evêques écrivaient au Vice- Recteur, carrément, sans restriction. Si, dans cette suite de témoignages, la parole de M. l’Administrateur L. D. A. Maréchal apparaît moins souvent, ce n’est pas qu’il fût plus avare de son approbation que
Nosseigneurs les Evêques de Sherbrooke et de St- Hyacinthe; mais c’est que, ayant l’occasion de rencontrer le Vice-Recteur chaque semaine, il lui transmettait de vive voix ses conseils et ses encouragements.
Mgr l’Evêque de St-Hyacinthe, 16 novembre 1890 :— ‘‘ J'approuve avec plaisir tout ce que vous venez de ‘t faire à Québec pour avancer la mesure de la fusion ‘ des Ecoles, même la demande du sénateur Paquet.”
5° Mgr l’Evêque de Sherbrooke, 17 novembre 1890 :— ‘Je vous remercie de l’abrégé succinct des princi- ‘“ cipaux événements de la semaine au sujet de l’Union. ‘“ J'espère que la réponse du Cardinal Simeoni sera ‘ favorable. Même, avec cette lettre, si elle est favo- ‘ rable, il faut vous attendre à des difficultés impré- ‘vues. Tout de même, il faut marcher de l’avant, ‘“ Quant aux appréhensions des amis de l'Ecole de ‘* Médecine et de Chirurgie de Montréal... Je vous ‘ souhaite succès et courage.”
6° Mgr l’Evêque de Sherbrooke, 23 novembre 1890 :— ‘ Je vois avec plaisir que les choses marchent rapi- ‘ dement et sûrement. Mais, que dites-vous de l’autre ‘# bill présenté, ou qui sera présenté par les dissidents, ‘M. Durocher et autres? J'espère que ce bill n'ira ‘ pas loin, et que nos catholiques législateurs suivront ‘* la direction sage et haute donnée par le Saint-Siège. ‘ J'ai reçu hier un extrait des registres des délibéra- ‘tions du Conseil Universitaire, en date du 17 ‘ novembre 1890: ‘‘ Proposé par Mgr !+ Rwteur, et ‘ résolu, que l’Université Laval, apr 3 les bons
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‘* question “ pas été p ‘‘ son avis.- ‘ Et quid ‘Rouge au “ même, so; ‘raon vous 7° Le très trateur de !
‘ de recevoi “approuvée “ l’Archevéa “tance, qu “venu et n ‘ dans la qu “Je vais en “ Bon coura; Mgr l'Évé de Montréal tion (résoluti Universitaire protestation conduite? N que j’ai à sus traire, on me
&“ procédés dont elle a usé envers la succursale de Montréal, après tous les sacrifices qu’elle s’est impo- “ sés pour lui donner et lui continuer l'existence, est “ grandement surprise et puinée de voir que dans une “ question aussi grave, le Conseil Universitaire n'ait pas été prévenu et n'ait pas eu l’occasion de donner ‘son avis.—(Approuvé) E. À. Card. TASCHEREAU.”?
“ Et quid ?—Je vous souhaite un passage de la mer ‘ Rouge aussi heureux que celui de Moïse ; tout de “ même, soyez sur vos gardes; car l’armée de Pha- ‘raon vous suit de près.”
7° Le très révérend L. D. A. Maréchal, Administrateur de Montréal, 24 novembre 1890 :—‘‘ Je viens “ de recevoir une résolution du Conseil Universitaire “approuvée par Son Éminence et adressée à Mgr “ l’Archevêque de Montréal, laquelle porte en subs-
“tance, que le Conseil Universitaire n’a pas été pré- “venu et n’a pas eu l’occasion de donner son avis “ dans la question de l'union des Écoles de Médecine. “Je vais en expédier une copie à Mgr de Montréal. “ Bon courage ! ”
Mgr l'Évêque de Sherbrooke et M. l’Administrateur de Montréal me donnent connaissance de la résolu-
tion (résolution de surprise et de peine) du Conseil Universitaire, qu’ils ont reçue en même temps qu’une protestation de Mgr Paquet. Me blâment-ils de ma conduite? Nullement. Au moins me font-ils savoir que j’ai à suspendre ma marche en avant? Au contraire, on me crie: “Courage!” Ou bien, on me dit,
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avec Mgr de St-Hyacinthe : ‘ Tenez-vous là pour pro. téger le bill, et l'empêcher d’être mis à mort.”
8 Mgr l’Evêque de St-Hyacinthe, 25 novembre 1890 :—" Grand merci äe toutes les informations que ‘vous avez bien voulu me donner dans votre der- ‘ nière du 21 courant... C’est cette semaine que le ‘ pauvre bill va passer par le creuset des comités, ‘ Puisse-t-il en sortir sain et sauf! Tenez-vous là pour “le protéger, et l’emipêcher d’être mis à mort. Tou- ‘ jours votre bien dévoué en Notre-Seigneur.”
9° Nosseigneurs les Evêques de la province de Montréal, 26 novembre 1890.— ‘ Nous, soussignés, ‘* Administrateur de l’archidiocèse de Moatréal, ‘ Evêque de Sherbrooke et Evêque de St-Hyacinthe, ‘’nommons par les présentes le Rév.J. B. Proulx, ‘ Vice-Recteur de l’Université Laval à Montréal, notre ‘‘ représentant, avec plein pouvoir, pour suivre dans ‘“ ses différentes phases le bill que nous avons actuel- ‘lement devant la Légisiature de la province de ‘* Québec, et pour en soutenir les intérêts en particu- “lier devant le comité des bills privés. En foi de ‘ quoi, nous avons apposé nos signatures.