HONORABLE MONSIEUR
Vous ne pouvez pas ignorer que, dans ces derniers temps, des pourparlers ont été repris en vue d’arriver à conclure entre les deux Ecoles de médecine de Montréal une union définitive qui intéresse à un si haut degré le bien de la religion dans ce pays.
Dans une réunion toute récente, tenue en notre présence, par les comités des deux Ecoles, l'entente a fait de tels progrès qu’il dépend désormais d’une seule
condition, que cette union si désirable passe à l’état
de fait accompli : il suffit que ia z2nction législative soit donnée à un projet de bill qui va être soumis aux chambres pour l'amendement de la charte de l'Ærole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.
Nous ne pouvons douter, Monsieur le premier ministre, que l'attitude que votre gouvernement prendra dans cette question, doive exercer la plus haute in-
fluence sur la décision des membres, en sorte que le succès du bill dépendra réellement de l’appui efficace que vous voudrez bien lui donner.
C’est pourquoi nous osons recommander cette importante affaire, non seulement à votre bienveillance pour les causes catholiques, mais à tout votre amour du bien public. Au succès du bill, en effet, sont attachés de tels intérêts patriotiques et religieux, que nous avons la conviction de remplir un devoir de notre charge épiscopale en vous adressant, dans cette circonstance, une respectueuse requête. Et si nous pouvions hésiter un instant dans ce sentiment, nous y serions aussitôt confirmés par le jugement bien arrêté du Saint-Siège, et par une mission positive qu’il nous a confiée.
Car à ses yeux, ainsi qu'aux nôtres, ‘l’union des deux Ecoles est réclamée par toutes sortes de graves raisons ” ; il nous presse ‘ d’user de tout notre zèle et de toute notre autorité pour l’amener à une bonne fin,” et il ne manque pas d’ajouter que cette conclusion ‘‘lui serait souverainement agréable.”
Aucun motif, nous le savons, Monsieur le premier ministre, ne saurait être pour vous d’un plus grand poids que cette pressante recommandation du Saint- Siège. Nous n’insisterons donc pas sur l’honneur qui reviendrait à votre gouvernement d'assurer le succès d’une affaire aussi épineuse qu’importante, ni sur la grandeur du service que vous rendriez ainsi à notre province. Vous-même avez assez montré comment vous savez l’apprécier. Dans l’éloquent discours que
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vous adressiez, il y à un an, au congrès de Baltimore, vous avez relevé en termes magnifiques l'importance de l’œuvre de l’Université Catholique. Vous avez exprimé à ce sujet des vues qui sont à l’heure présente dans la conscience de toutes les nations catholiques aussi bien que dans les vœux ardents du Saint-Père, et vous avez dit aussi ce que l’Université Laval nous inspirait à tous de reconnaissance et de fierté, pour les services qu'elle a rendus à notre nation depuis près de quarante ans. Or, c’est précisément au second siège de cette Université, créé parmi nous par la volonté de l'illustre Léon XIII, qu’il s’agit de prêter votre concours.
Nous ne pouvons pas l'oublier, par la restitution des biens des Jésuites, vous avez procuré des ressources importantes à cette institution, en même temps qu'aux œuvres de ces excellents religieux et à celles de nos diocèses ; et vous avez, en outre, par le même acte, fait prévaloir dans la Législature un principe d’équité d’une plus grande portée que les subsides matériels. Maïs, nous ne craignons pas de le dire, le bienfait que nous attendons aujourd’hui de votre intervention favorable serait encore plus fécond pour la prospérité intellectuelle et morale de notre pays. Aux discussions et aux rivalités dans lesquelles les esprits s'aigrissent, il ferait succéder une concorde aussi fructueuse qu’'honorable; il assurerait aux études médicales un développement proportionné à tous les derniers progrès de l’art ; il resserrerait les liens précieux qui ont toujours rattaché chez nous ces
études à l'esprit religieux et au ministère des âmes ; il attirerait non seulement à notre Faculté de médecine, désormais unie et forte, mais à toute notre œuvre universitaire, des sympathies et un concours que le spectacle de nos divisions tient encore en suspens. Ce que nos concitoyens anglais et protestants reçoivent des grandes fortunes dont ils ont le privilège, nos hôpitaux et nos facultés catholiques pourraient à l’avenir l’espérer du nombre et de l’union des dévouements, et ce serait pour le plus grand honneur de notre race ei de notre foi.
Du reste, Monsieur le premier ministre, votre gouvernement ne ferait ainsi que se donner le mérite considérable de continuer dans une sphère plus haute ce qu’il a commencé avec fruit par l'établissement des écoles du soir. Et rien ne manifesterait mieux de sa part ce qu’il a de dévouement pour la nation que d'appuyer de tout son pouvoir cette œuvre catholique de progrès intellectuel et social, œuvre nationale par excellence.
Les oppositions inévitables que le bill soulèvera retomberont d’elles-mêmes, quand vous aurez ainsi élevé la question à la hauteur qui lui appartient. Aussi, est-ce avec la ferme confiance que vous voudrez bien l’y placer et l’y maintenir en présentant vousmême le bill aux chambres, que nous remettons entre vos mains les intérêts de cette grande cause.
F. Le Saint-Siège qui l’a déclarée sienr.e en la jugeant comme nous, vous saura gré de la faire triompher, et
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notre sincère reconnaissance s’ajoutera aux sentiments respectueux avec lesquels nous avons l’honneur d’être.
Monsieur le Premier Ministre, L. D. A. MARÉCHAL, V. G., Administrateur.
ANTOINE, Évéque de Sherbrooke.