LX, PTRE
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‘mieux vaut tard que jamais.” Je vous remercie de tout ce que vous avez fait dans votre position qui, dans ces temps agités, est loin d’être une sinécure. Un verre d’eau froide suffit pour éteindre tout un foyer, pourvu toutefois qu’il ne soit pas trop gros.
Vous me dites: ‘“ Plusieurs médecins sont mécontents de l’attitude que vous avez prise.” Je lo prévoyais bien, dès le commencement. Mes lettres du mois de février, et les avis que je leur faisais parvenir par diverses voies en témoignent assez. Mais que voulez-vous ? que faire ? La Fontaine aurait-il raison ?
Parbleu, dit le meunier, est bien fou du cerveau, Qui prétend contenter tout le monde et son père.
Dans tous les cas, ce meunier-là est un sage entêté, à qui cependant je ne voudrais pas trop ressembler :
Je suis âne, il est vrai, j'en conviens, je l’avoue ; Mais que dorénavant on me blâme, on me loue, Qu'on dise quelque chose, ou qu’on ne dise rien, J'en veux faire à ma tête.—Il le fit, et fit bien,
A mon retour, j'aurai à donner aux Médecins de Laval des explications, qui ont été très bien venues à Rome, et qui, je l'espère, ne le seront pas moins bien auprès d'eux. Mais je ne pouvais les donner avant mon départ, pour la bonne raison que je venais ici justement pour m’assurer de leur opportunité, que je me sentais le besoin de réfléchir et de consulter avant que de parler, que je voulais prudemment m’assurer du terrain sous mes pas avant que de poursuivre ma route, et qu’il ne convenait pas de divulguer, par toute
la ville de Montréal, des secrets qui n'étaient pas encore passés dans le domaine des connaissances publiques. Mais aujourd’hui, c’est différent !
Tout de même, en attendant, cela m’a valu des coups de fusil dans le dos. Pendant que je combattais les bons combats, et que j’assurais notre position à Montréal, en particulier pour le plus grand avantage de la Faculté médicale, tout-à-coup, sans avoir entendu crier feu ! je reçois une bordée de mitraille a tergo. Si ma cuirasse et mes raisons n’eussent pas été bonnes, j'étais blessé à mort. Heureusement, le coup a produit un effet tout contraire à ce qu’on devait en attendre naturellement. La bonne Providence, voyezvous! Comme j'aime à croire que tout a été fait de bonne foi, et comme personne plus que moi ne voudrait être bienveillant envers ses amis, j’excuse volon-
tiers ce mouvement stratégique. On peut être excellent médecin (ces Messieurs le sont tous), et n’être pas adroit tireur.
Déjà vous connaissez quelle est mon opinion sur cette lettre, par les remarques que j'ai envoyées à Monseigneur l’Archevêque, en date du 25 mai. Je me contenterai d’ajouter ceci. Les Médecins signataires, pour prouver qu’ils ne peuvent accepter le projet d'union définitive de qua agitur, disent que ce plan n’est pas nouveau, qu'il doit son origine à Monseigneur Smeulders, et qu’ils ont refusé en 1884 d'entrer dans l'Ecole qui serait devenue Faculté médicale de Laval. Or, je le demande, le cas est-il identique? En 1884, s’agissait-il de faire amender la Charte de
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l'Xvole ? d’en transformer la constitution, de manière à ce qu’elle devint Charte catholique? de ‘la rendre conforme aux décrets romains ? d’y donner légalement à l’Archevêque de Montréal un contrôle dans la nomination des professeurs et l’orthodoxie de l’enseignement ? de l'empêcher d’être un gouvernement dans un gouvernement ? s’agissait-il de donner à la Succursale une position civilement meilleure, tandis que, en même temps, on améliorerait le sort de l'Ecole au point de vue universitaire ? Une comparaison, pour servir de preuve, doit porter sur deux cas semblables : et, dans la circonstance présente, le: deux cas ne sont-ils pas, sous maints rapports, dissemblables ? si oui, non valet consecutio, ruit ratiocinium, et procumbit humi bos.
Dans tous les cas, je suis moralement certain que je finirai par m’entendre avec ces Messieurs: j'ai vu d’eux, pendant le cours de l’année dernière, trop de preuves de leur bonne volonté. Ils n’iront pas, dans un moment de mauvaise humeur, jeter à vau-l’eau le fruit d’une longue patience. Dans les difficultés et les divisions, d’un coté comme de l’autre, je crois les hommes meilleurs qu’on ne le dit, meilleurs même qu'ils ne paraissent. Le 1aicntendu joue un grand rôle dans l’histoire des disputes humaines ; il suffit de le faire disparaître pour éclaircir une situation, et changer d’anciens aüversaires en amis fidèles. La via est trop courte pour s’amnser à se battre indéfiniment, surtout entre compatriotes, entre coreligionnaires. Ah! si jamais, nous dégagennt des misères du passé, nous
parvenons à consolider une seule Ecole, une seule Faculté de Médecine à Montréal, elle sera la plus belle de la Puissance ! Au revoir ! ei croyez-moi toujours dans les sentiments d’une haute estime,
Monsieur le Vice-Chancelier,
Votre très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Ptre.