‹ Ma mission á Rome mai 1849Chapitre 3 sur 7 · PAR M. LE PRÉSIDENT DO CONSEIL, ET RÉFUTATION · texte numérisé non relu

PAR M. LE PRÉSIDENT DO CONSEIL, ET RÉFUTATION

Le gouvernement ne m'a jamais fait connaître directement ses griefs, mais M. le président du conseil a cru devoir les formuler à la tribune de l'Assemblée nationale dans la séance du 11 juin.

M. Odilon Barrot s'est exprimé ainsi (voir le Moniteur du 12 juin):

« Nos troupes étaient sous les murs de Rome, personne n'avait proposé de les faire reculer Un armistice fut accordé pour donner plus de facilité, plus de latitude à toutes les négociations. Pendant cet armistice, le ravitaillement de

la place, les communications étaient libres Les troupes

françaises sont restées dans l'inaction.

« La France respecta l'armistice, perdant ainsi tous

les avantages qui pouvaient résulter pour elle d'une telle situation, et donnant le temps à tous ces hommes qui ont agité l'Italie de se donner rendez-vous à Rome et d'v former l'armée en face de laquelle nous sommes aujourd'hui.

« Ah! si un reproche pouvait être fait, ce serait d'avoir poussé trop loin les concessions et la longanimité.

« Eh bien, après un mois de tentatives vaines, savez-vous à quoi on est arrivé? On est arrivé à un traité qui a été publié

« Le général avait accepté ce traité, il l'avait accepté comme ultimatum, comme la dernière concession qu'il pût faire ; il a déclaré, je prie l'Assemblée de s'en souvenir, il a déclaré que la France n'entendait point intervenir pour telle ou telle forme de gouvernement et qu'elle laissait au peuple romain toute liberté. Mais au moins l'honneur de nos armes , notre position étaient sauvés ; l'armée française était accueil' lie dans Home en amie, elle ne se mêlait pas du gouvernement, mais enfin elle était présente; son intervention morale était en quelque sorte acceptée; elle pouvait, une fois à Rome, parler haut à ceux qui s'avançaient; elle avait des titres et des droits pour imposer des conditions à leur marche et limiter leur action.

« Eh bien, c'est ce projet qui allait si loin dans le domaine des concessions, qui peut-être jetait notre politique en dehors de celle réserve qu'elle devail s'imposer en face d'un gouvernement non reconnu; c'est ce projet qui avait été accepté par le général Oudinot, qui, présenté dans l'Assemblée romaine, n'a provoqué que des murmures, des rires dédaigneux et le mépris.

* Eh bien! après cet ultimatum qui, d'après M. de Lesseps lui-même, terminait sa mission; qu'il présentait comme la dernière et plus extrême concession possible au désir de conciliation, alors qu'il avait expressément annoncé qu'en cas de refus l'armée rentrait dans sa pleine liberté d'action, lorsque le général Oudinot avait lui-même notifié au triumvirat la cessation de la trêve consentie, eh bien! c'est alors que M. de Lesseps, qui avait reconnu sa mission finie, apporta au quartier général, le 30, un nouveau traité, celte fois consenti par

le triumvirat et par l'Assemblée romaine

Le général a repousse celte convention, Il y étail expressément autorisé par une dépêche 1 par laquelle le ministère lui annonçait que les négociations étaient terminées, que Rapproche de la saison des fièvres ne permettait pas de les continuer davantage et que la mission dsM.de Lesseps avait cessé. L'honorable général n'a donc fait que se conformer aux ordres donnés par le gouvernement, lorsqu'il a repoussé cette convention, lorsqu'il a mis un terme à des négociations qui aboutissaient à de pareils résultats.

« Maintenant, messieurs, il ne s'agit pas du général Oudinot, il s'agit du ministère qui le couvre, qui prend sous sa responsabilité la résolution prise, la rupture de négociations qui s'étaient trop prolongées cl qui semblaient encourager ceux qui se jouaient ainsi de noU*e honneur, qui avilissaient noire drapeau.

« Assurément, ce n'est pas le territoire occupe par le camp même de nos soldats qu'il fallait défendre, c'était le territoire que ces troupes pouvaient couvrir. Et alors qu'est-ce que cela était, sinon celte solidarité que nous n'avons jamais voulu accepter?

« Et puis, en échange de ces- engagements ainsi pris, qu'estce que l'on nous accordait? Nous accordait-on de prendre une position qui ne nous rendît pas la risée de l'Europe, d'entrer à Rome pour de là stipuleras intérêts même de Rome? Non, on nous permettait, d'accord avec le gouvernement romain, de prendre les cantonnements qu'il plairait à ce gouvernement de nous désigner hors de Rome.

« Et puis, ce n'est pas tout, nous devions rester dans celte position, quoi qu'il pût arriver, alors même qu'un conflit s'engagerait, que les Autrichiens s'avanceraient , que les Napolitains reviendraient sous les murs de Rome, que les Espagnols qui sont débarqués viendraient unir leurs forces aux leurs ;

1 Cette dépêche, expédiée de Paris le 29 mai, n'avait pu encore parvenir au général Oudioot à la date du 30.

la France ne pouvait prendre aux événements une part active, puisqu'elle rencontrait une décision de l'Assemblée, ni stipuler pour Rome, puisqu'elle n'occupait même pas la ville de Rome; elle était obligée, l'arme au bras, d'attendre, de laisser s'accomplir devant elle les événements. C'eût été le déshonneur de notre politique, c'eût été le déshonneur de nos armées françaises.

« Il n'y a pas un homme, je ne dis pas un soldat, mais un citoyen qui ait dans son cœur quelque sentiment d'orgueil national, qui ne se révolte contre de telles propositions. Tel a été le sentiment du gouvernement. Il assume la responsabilité entière et complète de ses actes, de la détermination prise. Assurément, c'est par les concessions qui ont été faites qu'on est arrivé à nous proposer des conditions aussi insolentes; c'est parce qu'on savait bien que ce ne serait qu'à la dernière extrémité et avec répugnance que nous tirerions l'épée contre des hommes égarés, mais qui ont eu vos sympathies, que les choses sont arrivées à celle situation extrême. »

Dans le discours que je viens de rapporter, M. le président du conseil me parait avoir complètement éludé la question sur laquelle il était appelé à se prononcer. Que lui demandait-on? d'expliquer le brusque rappel de l'agent chargé de négocier avec les Romains , et l'ordre d'entrer à Rome de vive force.

Au lieu de produire les motifs encore inconnus de ces deux décisions prises le 29 mai , M. le président du conseil a détourné la discussion, et, pour se soustraire à des interpellations embarrassantes, il s'est attaqué à mon traité du 51, qui, par sa date, se trouvait hors de cause. J'appelle toute l'attention du Conseil d'État sur une situation qui a besoin d'être éclaircie. Je le prie de considérer que la dépèche télégraphique du 29 mai, contenant mon ordre de rappel, n'est parvenue au quartier général de Villa Santucci que douze heures

après la signature de ma convention , et que le général Oudinot n'avail pas pu s'en prévaloir, comme Ta dit M. Odilon Barrot, pour justifier son refus d'y adhérer. N'oublions pas non plus que la date du 39 mai marquait le passage de l'Assemblée constituante à l'Assemblée législative.

Après avoir constaté que tous les arguments mis en avant par M. le président du conseil pour justifier mon rappel, tombent devant les faits et devant les dates, je vais résumer et réfuter les principaux griefs résultant de son discours.

l.° L'arrangement provisoire du 51 mai compromettait l'honneur de la France et la dignité de nos armes.

M. Odilon Barrot m'a reproché d'avoir voulu engager mon pays dans une voie compromettante. Je ferai remarquer au Conseil d'État que je me suis toujours attaché, avec grand soin, à réserver au gouvernement toute sa liberté, et que je me suis bien gardé de l'engager dans l'œuvre de pacification que je croyais utile aux intérêts de la France. Le traité du 51 mai ne devenait obligatoire que par la ratification du gouvernement. S'il y avait incapacité de ma part, si mon zèle avait Irompé mes efforts, il suffisait d'un refus : l'honneur de la France n'était pas compromis puisqu'il n'était pas engagé.

Mais enfin ce traité mérite-t-il le grave reproche qui lui est adressé?

Je n'ai pas besoin de dire avec quelle inquiète sollicitude j'ai médité les paroles prononcées par M. le président du conseil dans la séance du 11 juin; je dois avouer qu'aujourd'hui je comprends moins que jamais l'imputation qui m'est faite d'avoir compromis l'honneur de mon pays. Je n'ai point à dissimuler la pensée immuable qui a servi de règle à toutes mes actions dans l'accomplissement d'une mission que je n'avais pas sollicitée. Quand, en partant pour Rome, on m'a remis en mains, pour principales instructions, le Moniteur du 8 mai où se trouvait l'ordre du jour motivé, j'ai cru et j'ai dû croire qu'on m'envoyait pour obéir à l'Assemblée. Quand M. le ministre des affaires étrangères et M. le président de la Ré-

publique m'ont donné leurs dernières instructions, rien n'a pu me faire supposer que je ne dusse pas prendre en sérieuse considération les résolutions d'un pouvoir souverain, résolutions que j'avais entendu débattre et préparer , et dont l'esprit m'était parfaitement connu. Je répète ici que, depuis mon départ jusqu'à mon rappel, je n'ai reçu aucune instruction nouvelle, pas un mot de réponse à ces dépêcbes où je demandais un seul oui ou un seul non sur les mesures que je projetais, rien enfin qui put modifier les impressions, que dis-je? les injonctions qui devaient diriger ma conduite.

Étais-je venu à Rome pour exiger des Romains qu'ils ouvrissent leurs portes à notre armée, sous peine, en cas de refus, de voir leurs maisons dévastées, leur population décimée par les malheurs de la guerre? Évidemment on m'envoyait pour m'enlendre avec des populations que Ton croyait égarées, pour amener un rapprochement que les parties irritées par des événements récents ne pouvaient opérer elles-mêmes. Il ne s'agissait pas de favoriser une surprise, de provoquer une lutte, il fallait donner aux Romains des gages de notre désintéressement, de notre amitié, je dirais de notre fraternité, si ce mot avait aujourd'hui un sens. J'y allais pour faire comprendre aux populations romaines qu'elles devaient se placer sous la protection de la France et échapper à toutes les réactions en recevant son appui. L'honneur de notre drapeau ne consistait pas à occuper Rome à un jour donné, à l'heure qu'il nous plairait de fixer avec menace; il fallait veiller et s'opposer au besoin à l'entrée des troupes étrangères, et être prêt à secourir un peuple ami, des que le péril apparaîtrait. Est-ce qu'une nation comme la France peut souffrir dàns son honneur parce qu'elle ménagera une ville qu'elle veut prendre sous sa protection? C'est, au contraire, l'honneur du plus fort de pardonner au plus faible un tort, s'il avait existé, sans vouloir s'en venger à outrance. Dans l'état où j'ai trouvé Rome, il n'y avait que deux partis entre lesquels il fallait opter: Recourir à la force, en foulant aux pieds mes in-

struclions,en trompant la volonté nationale, ou faire ce que j'ai fait: me jeter à travers un conflit qui devenait imminent, arrêter les événements douloureux qui se développent aujourd'hui et assurer notre appui à un peuple menacé d'être opprimé.

Osera-l-on dire que si, au moment où l'Assemblée constituante venait d'ordonner que l'expédition de Civita-Veechia devait être ramenée à sa destination première on était venu soumettre à son approbation le traité que j'ai signé, elle l'aurait repoussé et aurait flétri le négociateur? Eh bien! ce sont ses ordres que j'ai exécutés, c'est sa politique, acceptée par le cabinet et prise pour base de ses instructions que j'ai servie et qu'il m'était ordonné de servir, car, il faut le répéter encore, puisque c'est ma justification, je suis parti avec ordre d'exécuter la décision de l'Assemblée constituante: aucune instruction n'a depuis modifié cet ordre, aucune réponse à mes instantes dépêches n'est venue changer la direction que je devais suivre, et, à moins de supposer que mes instructions ne fussent pas sérieuses, que ma mission dût seulement servir de transition d'une politique à une autre qui ne m'a pas été révélée, ma conscience me dit que j'ai loyalement accompli mon mandat, que j'ai garanti l'honneur de mon pays, loin d'y avoir porté atteinte, et que l'accusation lancée contre moi à la tribuue se trompe de date.

2° Les négociations n'auraient pas dû être reprises après la déclaration collective et l'ultimatum du 30 mat

4e crois avoir déjà suffisamment expliqué, dans le récit des faits, comment j'ai été amené à reprendre les négociations après la réception d'un contre-projet présenté dans le délai fixé par Xultimatum, et comment la rédaction de mon arrangement du 31 mai, conséquence logique de mes instructions et des circonstances au milieu desquelles je me trouvais, me paraissait satisfaire à toutes les exigences et obvier aux difficultés qui me pressaient de toutes parts.

Il ne sera peut-être pas superflu de répéter ici que mon rappel télégraphique du 29 mai n'était pas encore parvenu

au général Oudinol/e 31 mai, el qu'il n'avait pas été motive par mon traité connu seulement du ministère le 6 juin.

3° Mes négociations auraient favorisé le ravitaillement de la place.

Depuis le commencement de l'armistice, jusqu'au 1 er juin, le général Oudinot ne permit pas ce qu'on appelle le ravitaillement de la place.

Il n'y avait de communications libres sur tes routes occupées par des postes français que pour les personnes sans armes munies de papiers en règle et pour des approvisionnements de bouche en très-petite quantité. Des négociants français m'adressèrent une pétition pour être autorisés à faire venir de Civita-Vecchia des marchandises de saison qui leur feraient supporter des pertes considérables si la vente en était retardée. Je fis part de leur pétition au général en chef qui refusa d'y faire droit.

4° J'aurais sans nécessité maintenu les troupes dans C inaction.

On m'accuse d'avoir fait maintenir les troupes françaises dans l'inaction. Il est incontestable que ma mission de négociateur ne permettait pas les hostilités, et que si les troupes avaient été prêtes pour attaquer, elles auraient dû attendre ; mais je soutiens qu'elles n'étaient pas encore en mesure de faire le siège lorsque je suis arrivé au quartier général , le 15 mai; ce qui réduit à deux semaines au lieu d'un mois la durée de mes négociations. Les troupes françaises ne sont pas restées dans l'inaction , et les travaux préparatoires du siège n'ont pas été un moment suspendus. On confectionnait journellement un grand nombre de fascines, des mouvements qui inquiétaient la population romaine et entravaient souvent mes rapports avec les autorités , avaient lieu journellement , ainsi qu'on a pu le voir dans ma correspondance; on préparait le pont de bateaux du bas Tibre; ce pont était jeté avant la dénonciation de l'armistice, bien qu'il interrompît toute communication de la ville avec la mer par le fleuve, et qu'en fermant le passage aux barques de pêcheurs , il privât une partie de la population romaine de ses moyens d'existence.

On travaillait à un assez fort retranchement en tête du pont, sur la rive gauche du Tibre, on y envoyait des troupes quoique ce point ne fût pas occupé au commencement de l'armistice; on s'empara de la grande église et du couvent de Saint-Paul qui se trouvent encore plus rapprochés de la ville. Enfin, sans vouloir prétendre que l'armée ail manqué à la foi de l'armistice, je puis assurer que le temps employé à mes négociations ne lui a rien fait perdre, et que les renforts que le gouvernement avais ordonné au général Oudinot d'attendre (dépêche télégraphique du 10 mai) n'étaient pas encore tous arrivés lors de mon embarquement à Civita-Vecchia. Une lettre du quartier général, en date du 18 juin explique ainsi les motifs de la lenteur du siège, qui, certes, ne peut pas m'être attribuée aujourd'hui: « Les opérations du siège de Rome se poursuivent avec une lenteur prolongée, dont on ne s'explique pas les causes. Elles sont simples cependant. L'armée expéditionnaire arrivée en Italie , à titre d'amie, a dû passer immédiatement à l'état d'ennemie. Reçue à coups de canon là où elle croyait être reçue avec reconnaissance, elle a dû en quelques jours changer ses plans d'action, doubler son matériel, grossir son chiffre de sept mille hommes débarqués à Civita-Vecchia pour l'élever à vingtquatre ou vingt-cinq mille hommes. Tout cela s'est fait avec une promptitude dont on ne tient pas assez de compte; mais quelque rapide que cette transformation de l'étal de paix à l'état de guerre ait été, il n'en a pas moins fallu un certain nombre de jours pour l'accomplir.

5° L'armistice aurait donné le temps à tous ces hommes qui ont agité l'Italie de se donner rendez-vous et d'y former l'année en face de laquelle nous sommes aujourd'hui.

Les forces qui défendent Rome n'ont pas augmenté, comme le dit M. le président du conseil , pendant la durée de ma mission; elles étaient à la fin des négociations ce qu'elles étaient au commencement, et si le retard de l'attaque a servi à quelqu'un , il est notoire qu'il a été plus profitable aux Français qu'aux Romains.

De mon temps, pas un étranger n'est venu prendre du service à Rome; ceux qui s'y trouvaient avant mon arrivée se réduisaient à une vingtaine de Français, à quelques Allemands, à cent cinquante ou deux cents Polonais, qui s'empressèrent de m'exprimer leur désir de quitter Rome en cas d'hostilité de la part de la France, et d'être envoyés là où nous leur fournirions les moyens de se rendre. Quant aux Italiens appartenant à d'autres États que la Romagne, doit-on les considérer comme étrangers à la cause que soutient Rome? Dans tous les cas, il serait difficile d'attribuer à huit mille combattants la part la plus importante dans la défense d'une ville qui comptait de vingt-cinq à trente mille soldats enrégimentés et toute une population en armes, parfaitement décidée à opposer à ses agresseurs la résistance la plus énergique. J'avais à l'avance fait connaître ces faits au gouvernement par une dépêche du 16 mai, et j'avais spécialement chargé MM. de Forbin-Janson et de La Tour d'Auvergne de les lui conflrmer; ils ont dû remplir fidèlement leur mandat.

6° // aurait fallu stipuler l'occupation de Rome, seul moyen de parler haut aux armées étrangères qui arrivaient.

Est-il juste, est-il raisonnable de me faire un reproche de ne pas avoir imposé comme condition sine qua non d'un arrangement la clause de l'occupation de Rome, lorsque M. Drouyn de Lhuys a déclaré, dans la séance du 7 mai , que non-seulement il n'avait pas donné l'ordre d'attaquer et d'occuper Rome, mais encore qu'il n'avait autorisé la marche sur Rome qua la condition de ne pas y rencontrer de résistance sérieuse, ou d'y être appelé par le vœu des populations?

Peut-on imaginer une contradiction plus flagrante que celle qui ressort de ces paroles et de l'ordre donné d'attaquer et de prendre Rome avant qu'on pût connaître le résultat de nos négociations?

Enfin, était-il possible de nous mêler complètement à la population et à la garnison romaine , tout en conservant mie position mixte et cxpcctanle, conforme, en un mot , au but de l'expédition et à l'objet de ma mission?

L'oecupalion permanente de Rome par nos Iroupes n'était commandée ni directement ni indirectement par mes instructions comme élément indispensable de la conciliation que j'étais chargé d'opérer. Elle nous exposait à mille difficultés.

Les autorités romaines n'ont cessé, ce que j'ai déjà fait ressortir, de déclarer dans leurs notes qu'elles ne pourraient l'admettre tant que nous n'aurions pas reconnu leur République et les pouvoirs qui la gouvernaient.

Quant à la prétention de faire tenir à notre armée, une fois qu'elle aurait pris possession de Rome, un langage ferme et haut, je ne vois pas sur quoi elle peut se fonder. Si nous étions entrés à Rome après avoir détruit la République, nous n'aurions eu besoin de tenir ce langage à personne, car nous aurions commencé par faire ce que voulaient les Autrichiens, les Espagnols et les Napolitains. Si, d'un autre côté, nous avions fait notre entrée sous la foi des traités en promettant de conserver un gouvernement national quelconque (l'ancien ou un nouveau), de maintenir les lois du pays et de respecter le libre vœu des populations, je demande si la guerre avec l'Autriche n'aurait pas pu résulter d'une semblable situation dans le cas où les troupes impériales se seraient avancées sous les murs de Rome occupée par nos armes, et auraient manifesté leur intention de restaurer le pouvoir temporel du pape dans le sens des influences qui dirigeaient alors la cour de Gacle.

Les cantonnements extérieurs près de la ville, dans des positions fortes et salubres, la possibilité pour le général d'habiter les propriétés françaises du Monte-Pincio, et de faire passer successivement par la ville tous les corps de son armée que la population et les autorités auraient elles-mêmes été chercher le lendemain de la signature de ma convention» ces conditions ne remplissaient-elles pas le but de l'expédition, en même temps qu'elles donnaient satisfaction à l'honneur militaire aussi bien qu'à l'amour-propre du général en chef?

La politique contraire, qu'a-t-elle obtenu et que d'embarras ne nous prépare-t-elle pas!

7° Le dernier projet consenti par le général Oudinot aurait été accueilli par les rires et les murmures de l'Assemblée romaine, ce qui n'aurait pas dû me disposer à poursuivre les négociations.

Il n'est pas exact de dire que le projet présenté d'accord avec le général Oudinot ait été accueilli par l'Assemblée romaine, par des murmures, des tires dédaigneux et le mépris. Si cela eût été, je ne l'aurais pas souffert et j'aurais rompu immédiatement les négociations.

J'ai quelquefois montré, pendant vingt-trois années de services à l'étranger, que je ne suis ni patient ni timide lorsqu'il s'agit de soutenir l'honneur et la dignité de mon pays.

Des témoignages respectables et les termes de la note qui me fut adressée, le 30 mai, par le triumvirat (page 122) prouvent que les représentants romains, dans l'examen et dans la discussion des projets qui leur étaient présentés, ont observé l'attitude la plus convenable. Les murmures qui se produisirent à la lecture des deux passages relatifs à la demande de protection et à l'occupation de Rome par l'armée française s'appliquent à des démonstrations des tribunes publiques, auxquelles je ne devais attacher aucune importance. Les personnes qui ont assisté, dans les pays méridionaux, à des réunions législatives, savent combien le public des tribunes est impressionnable et se laisse aller à des exclamations qui n'engagent d'aucune façon , vis-à-vis de personne, la responsabilité de l'Assemblée.

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