LIVRE III
autre puissance l'île de Hai-nan et la côte opposée du Kouang-tong. C'était là la première de ces déclarations d'inaliénabilité que les diverses puissances, désireuses de définir leurs sphères d'influence, s'appliquèrent, durant cette période, à obtenir du gouvernement chinois. Le prince K'ing, tout en me faisant verbalement la déclaration que j'avais demandée, et en s'offrant à me donner une reproduction des procès-verbaux de la séance où cette déclaration m'avait été faite, se refusait à répondre par une dépêche officielle à la dépêche que j'avais eu l'ordre de lui adresser à ce sujet. Il fallut une pression insistante de M. Hanotaux et presque la menace d'une rupture pour décider le Prince à nous donner satisfaction. Encore la dépêche que, de guerre lasse, le Prince se résigna à m'adresser trahissait-elle, dans sa rédaction, toute la gêne que le gouvernement chinois éprouvait à prendre et à donner ainsi lui-même des garanties concernant le maintien de son statu quo territorial. Cette même déclaration devait, d'ailleurs, dès l'année suivante, revêtir une forme à la fois plus précise et plus étendue, puisqu'elle comprenait, non plus seulement l'île de Hai-nan et la côte opposée du Kouang-tong, mais les trois provinces méridionales limitrophes de l'Annam. C'est à cette même date que le gouvernement britannique réclama et obtint une déclaration semblable concernant l'inaliénabilité des provinces riveraines du Yang-tseu, et le gouvernement japonais une déclaration analogue concernant l'inaliénabilité du Fou-kien.
L'échange de dépêches du 42 juin 1897 marquait la fin de la négociation à peu près ininterrompue que j'avais eu à mener avec le gouvernement chinois, dès mon arrivée, pour la détermination des limites de notre commune fron-
tière et des rapports selon lesquels devaient être régis sur cette frontière notre commerce, notre police, nos communications. Il coïncidait, par une circonstance heureuse, avec Tachèvement des derniers travaux d'abornement, tant entre la Rivière Noire et le Mékong qu'entre Lao-kai et le Kouang-si, avec le raccordement des lignes télégraphiques entre Sseu-mao et TAnnam, avec l'organisation de la police mixte franco-chinoise sur toute l'étendue de nos contins depuis la mer jusqu'au Mékong. M. Bons d'Anty, consul de la République à Sseu-mao, m'avait successivement fait connaître l'exécution conforme par le gouvernement chinois et par nos autorités d'Indo-Ghine des diverses clauses des conventions du 20 juin 1896 relatives à la délimitation et à l'abornement de la frontière, à l'installation du consulat et de la douane, au raccordement des lignes télégraphiques. L'organisation des postes de la police mixte avait été menée concurremment avec les travaux d'abornement et avait pu être terminée en même temps. L'ordre et la paix s'étaient ainsi rétablis sur notre frontière, au moment où cette frontière s'ouvrait plus largement au commerce et aux relations des deux pays. Avant même, d'ailleurs, que la police mixte n'eût été en mesure de fonctionner, le gouvernement chinois nous avait prouvé, par la libération de M. Lyaudet et de sa famille, que les pirates du Kouang-si avaient pendant quelques mois gardés en otage, par l'éloignement de deux fonctionnaires, le général Fong Tseu-t'sai et l'ex-chef des Pavillons-Noirs, Lun Vinh Phuoc (Lieou Yong-fou), dont la présence sur notre frontière nous paraissait suspecte, par l'internement en lieu sûr de Thuyet, l'ex-régent de l'Annam, qui s'était réfugié en Chine, son sincère désir de remplir loyalement ses devoirs