‹ Ma mission en ChineChapitre 107 sur 180 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

de bon voisinage. L'ère nouvelle qui commençait pour les relations franco-chinoises dans cette région si longtemps inquiète et tourmentée n'a plus été troublée désormais que par des incidents aussitôt et promptement châtiés ou réprimés. La Chine, malgré les prétentions qu'elle avait jadis exercées sur ces confins méridionaux de son Empire, rattachés un moment par l'empereur K'ien-long à son protectorat, avait décidément renoncé à nous gêner dans la tranquille possession de territoires dont les conventions de 1885, 1887 et 1895 nous assuraient la souveraineté ou la suzeraineté.

Dans ces années de lutte et de compétition, et bien qu'elles se fussent, par la déclaration de Londres du 15 janvier 1896, mises d'accord pour étendre de l'une à l'autre, tant au Yun-nan qu'au Sseu-tch'ouan, le bénéfice des avantages qu'elles obtiendraient respectivement de la Chine, la France et l'Angleterre cherchaient encore à se devancer, à se prévenir, à arriver chacune bonne première. Il ne paraît pas douteux aujourd'hui que, dans la concurrence entre les voies d'accès et de pénétration par le Sud, c'était l'Indo-Chine française qui était le mieux placée, le chemin de fer de Lao-kai à Mong-tseu étant plus facile à établir et plus direct que les voies ferrées de raccordement entre la Birmanie et le Yun-nan. Et, de fait, c'est le chemin de fer de Lao-kai à Mong-tseu qui a été construit, tandis que le gouvernement britannique renonçait à ses premiers projets des lignes birmanes. Pour l'Angleterre, la meilleure voie d'accès en Chine est la voie de mer ou la ligne ferrée de Canton à Kan-keou, sur la construction et l'exploitation de laquelle elle a eu, quelques années plus tard, l'heureuse inspiration de s'entendre avec la France et les États-Unis à qui, dans les

nëgoeiations de 1909, se joignit rAllemagne. La politique qui a ainsi peu à peu prévalu a été celle dont la déclara-, tion de Londres avait posé les prémisses, une politique d'entente et de concert, substituée à la politique de division et de lutte. Il n'en est pas moins demeuré de plus en plus incontestable que la voie du Fleuve Rouge et la ligne de Hanoï-Lao-kai-Mong-tseu nous assuraient la pénétration la plus aisée et finalement la plus fructueuse au Yun-nan. Ce résultat suffit à justifier la politique adoptée par la France depuis les explorations de Doudart de Lagrée, Garnier et Dupuis, et consacrée par le traité de Tien-tsin du 9 juin 1885, ainsi que par les conventions complémentaires de 1886, 1887 et 1895.

L'Allemagne, elle, à la date où PAngleterre obtenait la revision de la convention sino-birmane du 1" mars 1894, cherchait encore à recueillir, comme prix de son intervention avec la Russie, et la France en faveur de la Chine après la paix de Shimonoseki, le salaire, le bénéfice qu'elle n'avait pu jusqu'ici se procurer. Elle s'était convaincue que le seul avantage qui valût la peine d'être poursuivi et dont l'acquisition lui assurât un avenir en Extrême-Orient était la concession d'une base territoriale, d'un port, d'où, une fois établie et installée, elle essaierait de rayonner et de s'étendre. Déjà lorsque au cours de son ambassade en Europe Li Hong-tchang s'était arrêté à Berlin, et qu'il y avait été reçu en audience par l'empereur Guillaume II, celui-ci avait nettement exprimé à l'ambassadeur son désir d'obtenir une station navale sur les côtes de Chine, insistant sur l'intérêt politique et de dé" fense que la Chine elle-même avait à accéder à ce désir. Li Hong-tchang, qui me fit cette confidence à son retour, dans l'hiver de 1896-1897, ajoutait que le baron de Mars-

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