‹ Ma mission en ChineChapitre 108 sur 180 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

chall, secrétaire d'État des Affaires étrangères deTEmpire, avait, dès lors, par ordre de l'Empereur, réclamé instamment de la Chine cette concession, considérée comme la récompense à laquelle l'Allemagne avait droit pour le service rendu au Céleste-Empire après la conclusion dii traité de Shimonoseki. C'est inspiré de cet esprit et muni d'instructions catégoriques en ce sens que le nouveau ministre d'Allemagne à Pékin, le baron de Keyking, avait, dès qu'il avait cru le moment favorable, commencé à agir pour déterminer le gouvernement chinois à accorder bénévolement à l'empereur Guillaume II cette marque de gratitude que la politique allemande estimait ne pouvoir lui être refusée.

Le baron de Keyking avait fait une première démarche officielle dans ce but auprès du Tsong-li ya-men à la fin du mois de janvier 1897, c'est-à-dire au moment même où le gouvernement britannique venait d'obtenir la revision depuis si longtemps poursuivie de la convention sino-birmane. Il avait représenté au prince K'ing et aux ministres que la Chine, après s'être montrée si bienveillante et si généreuse, non seulement envers la Russie et la France, intervenues comme l'Allemagne en sa faveur après la paix de Shimonoseki, mais envers l'Angleterre qui n'avait pas participé à cette intervention, ne pouvait, en bonne justice, écarter la première et légitime demande que l'Allemagne lui adressait.

Le baron de Keyking avait cru devoir en même temps s'ouvrir auprès du chargé d'affaires de Russie et auprès de moi de la tentative qu'il faisait et à laquelle il espérait que les représentants de la France et de la Russie ne feraient point obstacle. Il avait depuis son arrivée, c'està-dire depuis six mois environ, manœuvré pour se rap-

procher des deux Légations de France et de Russie et pour leur témoigner son ferme désir de se tenir d'accord avec elles. Il avait, dans les réunions du corps diplomatique, visiblement marqué cette évolution par laquelle il entendait se distinguer et s'affranchir de la manière qu'avait suivie son prédécesseur. Il croyait avoir ainsi assez nettement accentué ses intentions et sa méthode pour pouvoir s'exprimer avec plus de liberté et de confiance envers mon collègue de Russie et envers moi. C'est dans le courant du mois de février et dans la semaine môme où j'avais abordé avec le prince K'ing la question de rinaliénabilité de l'tle de Hai-nan et de la côte opposée du Kouang-tong, que le baron de Heyking vint me voir et, après les préparations nécessaires, m'entretenir de la négociation qu'il avait ordre de poursuivre et à laquelle il souhaitait que les Légations de France et de Russie ne créassent ni opposition, ni entrave. Il m'exposa alors l'objet de cette négociation et le désir de son gouvernement d'obtenir, sous forme de station navale ou de dépôt de charbon, une base territoriale lui donnant quelque assiette en Chine. « Notre puissance politique et militaire, me dit-il à ce sujet, ne suffit pas à nous mettre ici à notre rang. » Et, recourant à une image dont il n'était pas l'auteur (l'origine en doit être attribuée, je crois, au baron de Marschall, sinon à l'empereur Guillaume II lui-même), il ajouta que t les baïonnettes servent à tout, sauf à s'asseoir ». Quant au choix de cette station navale et de ce port, il s'empressa de me dire que l'Allemagne aurait soin de se tenir en dehors des régions que la France pouvait considérer comme sa zone d'influence en Chine, la pensée de son gouvernement étant de rechercher de préférence l'un des points de la côte centrale, également distants de

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