‹ Ma mission en ChineChapitre 11 sur 180 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

n'avions pu remettre nos lettres de créance. Le Prince donna, dès cette première rencontre, la mesure de son esprit de décision et la preuve du grand pouvoir dont il était revêtu. Dès cette visite du 28 octobre, en effet, où nous lui avions, le comte Gassini et moi, exposé l'opportunité de résoudre enfin, à notre satisfaction, la question de l'audience impériale^ il nous laissa entendre qu'il allait prendre les commandements de l'Empereur et qu'il saurait écarter l'obstacle qui nous avait jusqu'ici fermé l'accès de la ville interdite et du palais intérieur, le seul où le souci de notre dignité nous permît de nous rendre. Il était visible en même temps que le Prince aurait d'autant plus de hâte d'aplanir cette mesquine difficulté de cérémonial qu'il allait sans doute s'adresser directement à nous pour intéresser l'Europe au sort de la Chine et à la solution du conflit survenu efntre elle et le Japon.

Le 2 novembre, le prince Kong nous faisait aviser, le comte Cassini et moi, qu'il avait, comme il nous l'avait annoncé, pris les ordres de l'Empereur et que, selon notre désir, nous serions reçus en audience dans l'intérieur du palais impérial, dans une des salles du trône dont le choix serait arrêté après accord avec nous. Il nous prévint en même temps, ainsi que nos collègues d'Angleterre, d'Allemagne et des États-Unis, de vouloir bien nous rendre le lendemain, 3 novembre, au Tsong-li ya-men, où il avait une importante proposition à nous soumettre.

Dans les derniers jours d'octobre, et devant la gravité de la situation militaire, la cour de Pékin avait convoqué le grand Conseil, réuni en conseil de guerre, et elle y avait appelé, sous la présidence du prince Kong, outre les membres ordinaires, le vice-roi du Hou-Kouang, Tchang

iO MA MISSION EN CHINE

Tche-tong, dont les derniers rapports et avis avaient fait grande impression sur l'Empereur. Elle avait en même temps mandé à la capitale un ex-officier allemand, M. von Hanneken, conseiller militaire du vice-roi Li Hong-tchang, qui avait récemment, par sa belle conduite sur le théâtre de la guerre, reçu du gouvernement chinois le grade de général de division, et qui avait, selon le vice-roi Li, un plan à présenter aux hautes autorités impériales pour la défense de l'Empire. Ce plan n'était autre que celui que Gordon, l'illustre ofQcier anglais, l'ancien conseiller de Li Hong-tchang dans la campagne contre les T'aï-p'ing et le futur défenseur de Khartoum, avait jadis proposé lors de l'affaire de Kouldja et des difficultés soulevées à ce sujet entre la Chine et la Russie. Il consistait à évacuer Pékin et le nord-est de la Chine, à faire le vide devant l'envahisseur, comme les Russes avaient fait en 1812 devant l'invasion de la Grande Armée de Napoléon, et à reporter la résistance, à l'ouest sur le Chan-si, au sud sur le Chan-tong.

C'est après avoir entendu l'exposé de M. vonHanneken, unanimement repoussé comme extravagant par le grand Conseil, que le prince Kong avait, d'accord avec ce dernier, résolu de faire un appel aux puissances de l'Ouest et de s'adresser d'abord à leurs représentants à Pékin.

Dans la réunion convoquée au Tsong-li ya-men pour le 3 novembre, et où je me rendis avec mes collègues de Russie, d'Angleterre, d'Allemagne et des États-Unis, le prince Kong qui nous reçut, en venant au-devant de nous jusque dans la cour du ministère, était assisté du prince K'ing et de quatre ministres, Souen Yu-wen, Fou-Koun, TchangYin-houan, WangMing-louan. La séance, présidée avec dignité et noblesse par le prince Kong, eutuncarac-

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