‹ Ma mission en ChineChapitre 12 sur 180 · LIVRE PREMIER il · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER il

tère de grande solennité. Le Prince donna d'abord la parole au ministre Souen Yu-wen qui, dans un langage très étudié, aussitôt traduit par l'interprète de la Légation de France, M. Vissière, nous fit l'historique du conflit entre la Chine et le Japon, insistant sur la responsabilité qui, selon lui, appartenait au Japon, sur le dessein prémédité, ajoutait-il d'une agression que la Chine, non préparée^ reconnaissait être hors d'état de repousser, sur la nécessité de mettre fin à la lutte. Le prince Kong, selon le geste qui lui était familier, rejetant la tête en arrière, nous demanda alors de transmettre à nos gouvernements la proposition qu'il leur faisait, au nom de la Chine, d'intervenir en vue de la paix sur les deux bases suivantes : l'indépendance de la Corée et le paiement au Japon d'une indemnité de guerre dont le chiffre serait à fixer. A chacun des ministres présents était remise en même temps une dépêche officielle dans laquelle cette proposition de la Chine était consignée par écrit. Bien que les deux bases ainsi proposées pour la conclusion de la paix ne parussent pas devoir être considérées comme suffisantes pour le Japon qui déjà avait, sinon exprimé, du moins laissé entendre son sentiment à ce sujets nous ne pouvions, mes collègues et moi^ que déférer au désir du Prince et nous déclarer prêts à faire parvenir à nos gouvernements la proposition qui nous était soumise, et que, d'ailleurs, le gouvernement chinois soumettait de même directement, par ses Légations, aux différentes capitales. Le prince Kong, en levant la séance, nous témoigna la sincère et profonde gratitude du gouvernement impérial pour la façon dont nous avions répondu à son appel, non sans ajouter qu'il plaçait tout son espoir dans la bonne volonté et l'assistance des grandes nations amies de la Chine.

La guerre, cependant, se poursuivait; les armées japonaises continuaient leur avance, d'une part sur la presqu'île du Leao-tong et sur Port- Arthur qui allait succomber le 21 novembre, de l'autre en Mandchourie, au delà du Ya-lou, dans la direction de la passe de Mo-t'ien-ling et de Leao-yang. C'est au 7 novembre qu'avait été fixée la fête anniversaire du jubilé de l'Impératrice douairière, de son cycle de la soixantième année. Il avait été décidé que la célébration serait tout intime, et confinée dans l'intérieur du palais. L'Impératrice ne put renoncer cependant aux représentations théâtrales qui avaient été préparées, et pour lesquelles elle avait un goût si prononcé. Quant au corps diplomatique, il fut reçu en audience solennelle par l'Empereur, et c'est à cette occasion que, pour la première fois, ainsi qu'il avait été convenu entre les deux Légations de France et de Russie et le prince Kong^ nous fut ouverte l'enceinte intérieure du palais, jusqu'alors interdite aux représentants étrangers.

La cérémonie eut lieu le 12 novembre. Quelques jours avant avait été désignée, d'accord entre leTsong-li ya-men et les deux Légations de France et de Russie, après une étude attentive des plans du palais, la salle où devait être tenue l'audience. Cette salle était la Wen-houa-tien, la salle du trône de la floraison littéraire, comprise dans l'enceinte de la ville interdite, près de la porte Est où l'Empereur se rend une fois par an, à la seconde lune, pour expliquer lui-même et se faire expliquer par les lettrés de la Cour les livres sacrés de Confucius. Le pavillon où les chefs de missions furent successivement reçus par l'Empereur était assez délabré. La peinture de laque rouge des colonnes était presque entièrement tombée, laissant à nu le bois de teck dans lequel elles avaient

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