CHAPITRE PREMIER
La mission à Pékin du prince Ouchtomsky. — Règlement des arrangements relatifs au passage du Transsibérien en territoire mandchou. —Inauguration de la Banque Russo-Chinoise.
Le terme de ma mission approchait, le cahier de mes instructions ayant été entièrement exécuté et épuisé. Il ne me restait qu'à achever dans le détail, et sur quelques points secondaires, le règlement des dernières affaires religieuses du Kouang-si et du Thibet, l'apaisement de quelques réclamations d'ordre conunercial et contentieux et l'octroi de certaines concessions industrielles accordées en principe à nos nationaux.
En même temps que je me consacrais à ces derniers soins, à cette liquidation finale qui sera l'objet du prochain chapitre, je vis s'accomplir, avec la mission du
prince Ouchtomsky, président de la Banque Russo-Chinoise, la dernière et décisive partie du plan et programme conçu par le gouvernement russe pour le passage en territoire mandchou de la ligne du Transsibérien, pour la construction en Mandchourie même de prolongements dirigés vers la mer, pour l'installation définitive, non seulement à Shanghai, à Han-keou, à Tien-tsin, puis à Pékin même, de la Banque Russo-Chinoise, devenue l'instrument et le levier de sa politique dans le nord de la Chine.
Le prince Ouchtomsky, après avoir été jadis le compagnon du Tsaréwitch dans son voyage en Extrême-Orient et le premier confident de ses pensées dans le projet de construction du Transsibérien, avait été. choisi par l'héritier devenu le Tsar comme l'interprète et le principal ouvrier de la politique et du programme russes dans l'Asie orientale. C'est lui qui, au mois d'avril 1896, était allé attendre Li Hong-tchang à Port-Saïd et l'avait accompagné à Saint-Pétersbourg et à Moscou pendant les fêtes du couronnement. C'est lui qui, nommé président de la Banque Russo-Chinoise et chargé, à ce titre, de la préparation des mesures financières propres à assurer la construction et l'exploitation du secteur de la ligne tpanssibérienne dans son passage en territoire mandchou, avait à compléter et à déterminer tous les arrangements déjà faits ou à faire pour l'exécution de cette importante entreprise. Le gouvernement russe et le prince Ouchtomsky avaient compris que c'est à Pékin même qu'il importait que tous ces arrangements fussent faits et non point par la Légation impériale, qu'il était préférable de ne pas laisser paraître oficiellement dans ces négociations d'une entreprise à laquelle il valait mieux conserver un