LIVRE IV
caractère industriel et financier, mais par la Banque Russo-Chinoise elle-même. C'est ainsi qu'était née Tidée d'une mission conférée au président de cette Banque, au prince Ouchtomsky que désignaient, en outre, au choix de l'Empereur sa confiance personnelle dans son ancien compagnon de voyage, les relations déjà établies entre le Prince et Li Hong-tchang, enfin les sympathies bien connues du Prince pour la Chine, et surtout pour les races mandchoue et mongole de l'Empire. Mais, pour donner à la mission plus d'éclat, de prestige et .d'efficacité, pour assurer au Prince un accueil digne de la tâche qu'il avait à poursuivre, le gouvernement impérial et l'Empereur lui-même crurent devoir faire de la mission une ambassade. Le prince Ouchtomsky, s'il était, pour les négociations qu'il aurait à engager avec le gouvernement chinois, le président dé la Banque Russo-Chinoise et le représentant du ministère impérial des Finances, serait d'abord l'ambassadeur du Tsar auprès de l'empereur Kouang-siu et de l'Impératrice douairière pour les remercier, au nom du Tsar, de s'être fait représenter au couronnement de Moscou et pour leur remettre, de la part du Tsar et de la Tsarine, de magnifiques présents. L'auibassade et la mission du prince Ouchtomsky revêtirent ainsi une importance extraordinaire et devinrent pour la cour de Pékin un véritable événement.
J'avais connu, plus encore par les confidences de Li Hong-tchang que par l'ambassade de Russie elle-même, les divers arrangements intervenus entre la Russie et la Chine, tant pour la constitution de la Banque Russo^ Chinoise que pour la construction de la ligne destinée à traverser la Mandchourie de la frontière occidentale à la frontière orientale de Sibérie. Li Hong-tchang m'avait
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révélé comment dans la Banque RuRSO-Chinoise, à laquelle le gouvernement chinois accordait des facilités extraordinaires, ce même gouvernement versait, à titre de dépôt ou de fonds social, une somme de 5 millions de taëls. Ce versement avait été effectué à Shanghai au mois de Juin 1897. Certaines banques étrangères (anglaises et allemandes) s'en étaient émues et plaintes, et le Tsong-li ya-men avait cru devoir, en réponse à quelques observations qui lui avaient été faites par les Légations d'Angleterre et d'Allemagne, représenter le capital ainsi versé -comme étant la part du gouvernement chinois dans les dépenses de construction de la ligne transmandchourienne. Mais la construction de cette ligne n'était en réalité entreprise et les dépenses n'en étaient supportées que par la Compagnie dite du Chemin de fer de l'Est chinois, laquelle, bien que sino-russe par son nom et ses statuts, était, en fait, purement russe. Le président de la Compagnie devait, d'après les statuts, être Chinois. Le «apital, d'après ces mêmes statuts, devait être également russe et chinois. En fait cependant, et quoique le président désigné fût un Chinois, le capital ne fut vraiment constitué et recueilli qu'en Russie, et l'entreprise conserva, sous une étiquette russo-chinoise, un caractère exclusivement russe. En même temps toutefois que les journaux russes avaient publié, à la date du 26 décembre 1896, l'ukase du Tsar créant la Compagnie de l'Est chinois, un décret impérial rendu à Pékin autorisait de même la création d'une administration officielle de ladite Compagnie. A la tête de cette administration était placé comme président Hiu K'in-tch'eng, ministre de Chine, d'abord à Saint- Pétersbourg, puis à Berlin, lequel, pendant la durée de «on séjour en Europe, était suppléé à Pékin par le taotai