‹ Ma mission en ChineChapitre 112 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Ta-k'o-che-na, ex-interprète de Li Hong-tchang pour la langue russe, et qui avait accompagné le Vice-Roi dans son ambassade en Russie. Le gouvernement russe avait communiqué au gouvernement de la République, sinon le texte môme, du moins les principales stipulations des contrats et arrangements conclus entre la Chine et la Russie pour la construction et l'exploitation du transmandchourien. L'une des stipulations, évidemment secrètes, qui ne pouvaient sans doute trouver place dans ce communiqué, et dont je dus la révélation à une confidence de Li Hong-tchang, était qu'après l'achèvement de cette ligne du transmandchourien le gouvernement russe remettrait au gouvernement chinois une somme de 5 millions de taêls. Cette somme, qui, dans la pensée des deux gouvernements, représentait peut-être une sorte de loyer du droit de passage sur le territoire mandchou, étant rigoureusement égale à la somme Versée par le gouvernement chinois dans la Banque Russo-Chinoise à titre de dépôt, de capital social ou de commandite, il est permis de se demander si ce n'est pas le gouvernement russe qui a, par anticipation, versé lui-même dans la caisse de la Banque Russo-Chinoise les 5 millions de taëls appelés ainsi à constituer l'apport ou la commandite de la Chine. Le prince Hespère Ouchtomsky, dont l'ambassade était depuis plusieurs mois annoncée et attendue, arriva à Pékin le 21 mai 1897. Il était accompagné du prince Alexandre Wolkonsky, chevalier garde, de M. Etienne Andreewsky, capitaine aux hussards de la garde, de M. Léon de ZabielUo, conseiller de cour, secrétaire du ministère de l'Agriculture, de M. Ziegler de Schaffhausen, l'un des administrateurs de la Compagnie du Chemin de fer de l'Est chinois, de M. Serge Syromiatnikow, cor-

respondant du Nouveau Temps, de Saint-Pétersbourg. Le Prince et sa suite avaient été reçus à Shanghai et à Tien-tsin avec des honneurs extraordinaires par le Taotai et le Vice-Roi, dont ils avaient été les hôtes. Il avait été, dès son entrée en Chine, traité comme un ambassadeur, porteur des lettres autographes et des présents du Tsar de Russie pour l'Empereur et l'Impératrice douairière. A Pékin, c'est Li Hong-tchang qui l'accueillit dès son arrivée. Le lendemain, 22 mai, il était reçu, avec tous les membres de son ambassade, au Tsong-li ya-men par le prince Kong et tous les ministres. Le 23, un dîner lui était offert par Li Hong-tchang dans le temple où l'ex- Vice-Roi avait sa résidence. Le 24, les présents offerts par le tsar Nicolas II à l'Empereur et à l'Impératrice douairière étaient portés au Tsong-li ya-men, et de là au palais impérial. Le 26, le Prince était reçu en audience solennelle par l'Empereur dans la salle du Trône. Le 30, un banquet officiel lui était donné au Tsong-li ya-men, au nom de l'Empereur, par les princes et les ministres.

Les présents apportés par le Prince, et que je fus admis à voir à la Légation de Russie, étaient somptueux et magnifiques. Ils comprenaient : pour l'Impératrice douairière le grand cordon et la plaque de Sainte-Catherine, un diadème en diamants, une aigrette en béril rose, un éventail Louis XV monté en or, une toilette d'argent, des peaux de renards bleus, des étoffes d'or, d'argent et de velours; pour l'Empereur, deux tables en lapis-lazuli, un grand groupe sculpté en argent, un surtout de table Louis XVI en argent, des vases de jade, des émaux, un gramophone; pour les Princes, pour Li Hong-tchang et les ministres, des tabatières en diamants, des pierrescabochons destinées aux chapeaux; pour les fonction-

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