LIVRE IV
naires du Palais, du Tsong-li ya-men et des ministres,, des émaux russes, des étoffes, des objets d'argenterie.
Lorsque le prince Ouchtomsky, au cours de l'audience qui lui fut donnée, mentionna les présents offerts à l'Impératrice douairière, l'Empereur, par respect pour sa mère, se leva du trône. L'Empereur^ au contraire, demeura assis pour remercier des présents qui lui étaient offerts à lui-même. Tels sont les rites de la piété filiale. Le ministre d'Angleterre, qui fut lui-môme reçu en audience quelques jours après pour remettre à l'Empereur un portrait-médaillon de la reine Victoria, s'étonna que l'Empereur, qui s'était levé lors de l'audience donnée au prince Ouchtomsky, fût, cette fois, resté assis sur le trône. Il lui fut expliqué que l'Empereur ne s'était levé que lorsqu'il s'agissait des présents offerts à l'Impératrice douairière, et pour lui marquer sa piété filiale. Cette mesure de cérémonial, dont la raison était bien celle qui fut donnée à sir Claude Mac Donald, n'en avait pas moins contribué à ajouter au prestige de la réception faite à l'ambassadeur dli Tsar. Tout, dans cette période heureuse pour la Russie, toutes les circonstances, m<^me celles qui n'avaient été ni prévues, ni préméditées, tournaient à l'avantage de notre alliée î
' Le prince Ouchtomsky mettait à profit cette situation d'ambassadeur, qui l'élevait en rang au-dessus des ministres plénipotentiaires accrédités à Pékin, et le caractère même, d'ailleurs très spécial et très défini, de sa véritable mission pour ne pas entrer en relations avec le corps diplomatique, qu'il préférait éviter, et pour être plus libre de poursuivre avec Li Hong-tchang et quelques autres autorités chinoises les négociations et arrangements qui étaient l'objet propre de sa venue. Le prince,
qui ne vit et connut, à part les membres de la Légation de Russie, que le ministre de France et, par mon entremise, le ministre de Belgique, habitué, depuis les négociations relatives au chemin de fer de Han-keou à Pékin, à s'appuyer sur les deux Légations de France et de Russie, était en lui-même une curieuse personnalité. Jeune; instruit, Tesprit vif et orné, enthousiaste tout ensemble et réfléchi, n'ayant et ne cherchant à avoir les allures ni d'un diplomate, ni d'un homme de cour, il était attaché surtout aux grandes questions actuelles de son pays et à la direction du journal les Peter sbourg Vie domosty, fondé par Pierre le Grand, et dont il était alors le rédacteur en chef. Il avait eu de tout temps la curiosité passionnée des choses d'Extrême-Orient, et particulièrement du Thîbet et de la Mongolie, où il se plaisait à retrouver certaines des origines de la Russie. Il rechercha, pendant la durée de son ambassade, tout ce qui pouvait le mettre en relations et en contact avec les indigènes, notamment avec les Mongols, leurs prêtres, leurs chefs, y compris le bouddha vivant d'Ourga. Il put faire, grâce aux connaissances spéciales et à l'habileté d'un sujet russe employé à la douane chinoise, M. de Groot, une très intéressante collection d'objets mongols et thibétains, dont il se composa un véritable musée. Journaliste, archéologue, président de banque^ administrateur d'une compagnie de chemin de fer, tel était l'homme qui, avec la confiance du Tsar, et sous la direction de M. Witte, était appelé à continuer et à étendre dans le nord de la Chine l'œuvre d'assimilation et d'absorption commencée jadis par l'amiral Pouliatine et le général Ignatieff. Après le marin et le diplomate, c'était le financier et l'entrepreneur, l'homme des réalisations économiques et industrielles, qui entrait