‹ Ma mission en ChineChapitre 13 sur 180 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

été taillées. L'ornementation était réduite à quelques brûle-parfums de bronze et au paravent entourant le trône où le souverain était assis. L'Empereur, âgé de vingt-deux ans, avait Taspect d'un enfant. Chétif, d'une extrême pâleur, presque exsangue, il avait une charmante expression de visage, un regard de velours dans des yeux noirs et profonds. 11 paraissait prendre le plus vif intérêt à la cérémonie. Il s'acquitta gracieusement de son rôle d'apparat, inclinant la tête d'un geste d'acquiescement, quand j'eus terminé mon discours, quand mes lettres lui furent remises, et quand sa réponse, faite en langue mandchoue, m'eut été traduite, d'abord en chinois, puis en français. Je ne pouvais, quanta moi, me défendre d'un sentiment de mélancolie, en voyant placé sur le trône de ce vieil empire, dans des circonstances si critiques, le faible enfant, descendant d'une race épuisée, appelé à porter le poids d'une tâche trop lourde, témoin résigné et victime destinée d'événements auxquels il semblait à peine avoir part. Cette audience elle-même a marqué une date dans l'histoire des relations de l'Occident avec la Chine. C'est la première fois que le dogme de l'invisibilité et de l'incommunicabilité du souverain, ce caractère d'idolâtrie dont le rite chinois avait revêtu jusqu'à ce jour les audiences impériales, faisait place au rituel et au cérémonial purement diplomatiques. L'impression produite ne laissa pas que d'être considérable dans le monde officiel chinois et parmi les colonies étrangères. La presse anglaise de Shanghai, en signalant l'importance du succès ainsi remporté, eut la loyauté d'en rapporter le mérite et l'honneur aux gouvernements comme aux Légations de France et de Russie qui, enmaintenant patiemment le principe de l'égalité et de la réciprocité entre les cours,

avaient ménagé et préparé l'établissement entre la cour de Pékin et le corps diplomatique accrédité auprès d'elle de rapports conformes à la dignité de nos gouvernements.

Huit jours après cette audience, à la date même du 21 novembre qui vit la cbute de Port-Artbur, le gouvernement chinois, inquiet de ne pas recevoir d'Europe la réponse qu'il avait espérée à sa requête du 3, avait laissé le vice-roi Li Hong-tchang envoyer au Japon, en mission officieuse^ un personnage étranger, M. Detring, commissaire des douanes impériales, sujet allemand, toujours jaloux déjouer un rôle et de contre-balancer, s'il le pouvait, l'influence de l'Anglais sir Robert Hart. M. Detring avait quitté Tien-tsin, porteur d'une lettre du vice-roi au comte Ito qu'il devait sonder sur les intentions du gouvernement japonais à l'égard de la paix. A peine toutefois cet envoyé s'était-il mis en route que le prince Kong apprenait que le gouvernement fédéral des États-Unis avait autorisé ses deux ministres à Tokio et à Pékin à servir d'intermédiaires, s'il y avait lieu, entre les deux gouvernements en état de guerre. M. Detring fut, en conséquence, invité à rentrer aussitôt à Tien-tsin, et ce fut, à partir de ce jour, sur l'intervention des États-Unis que la Chine se prit à compter pour assurer la négociation d'une paix que le prince Kong appelait de tous ses vœux, de tous ses efforts.

Les armées japonaises, en attendant, avec une méthode un peu lente, mais impeccable, et comme si elles faisaient une guerre d'épuré, s'avançaient simultanément, d'un côté, par Sieou-yen, la passe de Mo-t'ien-ling et Sou-mentch'eng, dans la Mandchourie du Nord, vers Haï-tch'eng, qu'elles occupèrent du 10 au 15 décembre, de l'autre, dans la presqu'île de Leao-tong, par Kin-tchéou et Kaï-

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