LIVRE IV
Hoi-bao, coalisés contre la flotte de nos compatriotes et interdisant, par la menace, les amendes et autres mesures arbitraires, tout rapport entre les bâtiments de MM. Marty et d'Abbadie et la clientèle indigène qui jusqu'alors s'était adressée à eux. La société d'armateurs chinois, dite Tsi-yi, avait, depuis le mois d'octobre 1895 jusqu'au 21 janvier 1896, efficacement boycotté les bâtiments de la flotte Marty et d'Abbadie. Supprimée à la date du 21 janvier 1896 et dissoute par ordre des autorités chinoises, sur la plainte de MM. Marty et d'Abbadie, la société Tsi-yi s'était reformée sous la couverture et le masque de bâtiments soi-disant afl'rétés à une compagnie allemande et battant pavillon allemand, mais qui, comme MM. Marty et d'Abbadie purent l'établir par la production des contrats et chartes-parties, n'étaient en réalité que les bâtiments mêmes de la société indigène. Je n'avais pu^ malgré d'incessants efforts, obtenir la satisfaction qui nous était incontestablement due, et qui devait comprendre, outre la suppression réelle et définitive de la société Tsi-yi, le paiement à MM. Marty et d'Abbadie d'une indemnité équitable. C'est dans les derniers mois de ma mission, après avoir placé sous les yeux du Tsong-li ya-men les preuves et documents attestant la mauvaise foi de la société Tsi yi et la réalité des infractions commises contre notre traité, que j'obtins enfin, non seulement l'institution d'une enquête contradictoire dans laquelle les représentants de MM. Marty et d'Abbadie seraient admis à produire leurs griefs, mais l'ouverture entre notre vice-consul à Hoi-hao, M. Kahn, et les délégués désignés par le vice-roi de Canton, d'une négociation en règle destinée à fixer le montant de l'indemnité dont le principe ne pouvait plus être contesté. Le vice-roi de Canton avait jusqu'au dernier moment
tâché d'éluder ses responsabilités et de n'accorder que des satisfactions illusoires. Mais notre droit était si manifeste, la violation de l'article XIV du traité de 1858 était si patente, les preuves et documents soumis au Tsong-li ya-men et à sir Robert Hart avaient un caractère si péremptoire, j'insistai enfin de telle manière que Li Hong-tchang et sir Robert Hart lui-môme firent comprendre au Tsong-Ii ya-men, et, par lui, au vice-roi de Canton, qu'il n'y avait plus qu'à s'exécuter. La venue, à cette date, d'un bâtiment de guerre français qui apparut au sud de l'île de Hai-nan acheva l'œuvre de conviction. Le 4 juin, M. Kahn signait à Hoi-hao, avec les délégués du vice-roi de Canton, une convention aux termes de laquelle ledit Vice-Roi s'engageait à faire verser à MM. Marty et d'Abbadie une indemnité de 200000 taëls, la société Tsi-yi étant définitivement abolie, et toutes espérances étant données pour la stricte et loyale exécution de l'article XIV du traité de 1858. Ladite convention ayant été approuvée et ratifiée le 25 juin par le Tsong-li ya-men et par moi, l'indemnité elle-même fut versée le 10 juillet suivant entre les mains de M. Flayelle, gérant de notre consulat à Canton, pour être remise par ses soins aux intéressés. L'état et les conditions de la navigation étrangère en Chine, autant qu'il est permis d'en juger par cet épisode, laissaient fort à désirer. Bien que les traités conclus par la Chine permissent aux bâtiments étrangers la navigation de cabotage dans les ports ouverts, et, à plus forte raison, la navigation en droiture des ports étrangers à un port chinois, bien que la navigation fût de même autorisée sur certaines rivières, telles que le Yang-tseu, le Pei-ho, la rivière de l'Ouest (Si-kiang), ces droits se trouvaient en fait diminués et atteints, d'abord par les entraves et