‹ Ma mission en ChineChapitre 127 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

sur le conseil de Li Hong-tchang, et pour en finir, que j'adressai au gouverneur, le2 janvier 1897, un tëlégramme par lequel je lui proposais les conditions ci-dessus ënumérées. Dès le 4, le gouverneur me fit connaître par télégramme son adhésion à la solution que je lui recommandais. Le 21 du même mois les accords et contrats étaient signés et scellés. Le vicaire apostolique, Mgr Ghouzy, qui, depuis plus d'une année, s'était transporté de sa résidence à Long-tcheou même pour suivre la négociation, qui avait eu à lutter pied à pied avec les autorités chinoises, m'exprima sa gratitude dans les termes les plus émouvants. Son émotion était grande d'avoir vu régler enfin tant de litiges, mais surtout d'avoir vu reconnaître et proclamer, dans une province limitrophe de nos possessions d'Indo-Chine, les droits de la France, le respect des traités, les droits et titres de la Mission qui, depuis près de trente ans, et surtout à l'époque de la guerre du Tonkin, avait eu si cruellement à souffrir. La mémoire de Mgr Ghouzy m'est restée chère par la reconnaissance qu'il a si noblement exprimée au représentant de la France, et aussi par l'admirable énergie, par la force d'âme et la patience dont il a fait preuve dans la défense d'une cause qui ne devait pas être abandonnée. Le règlement des réclamations formulées au nom de la Mission dite du Thibet (Yun-nan et Sseu-tch'ouan occidentaux) était compris dans l'accord général intervenu en 1894-1895 entre la Légation de la République et le Tsongli ya-men pour la réparation du meurtre de notre compatriote, M. Dutreuil de Rhins, lâchement assassiné au cours de son exploration scientifique dans les bassins des grands fleuves de l'Asie centrale. L'une des clauses de cet accord, le paiement d'une indemnité de 20 000 taêls,

avait été exécutée dans l'été de 1895, la somme ayant été versée, à ma demande, entre les mains de Mgr Dunand, vicaire aspostolique du Sseu-tch'ouan occidental, qui se chargeait de la faire remettre à Mgr Biet, vicaire apostolique du Thibet. Mais la clause principale, à savoir le retour de la Mission dans ses établissements de Batang, Yaregong, Yerkalo, Atentse et Tsekou, d'où elle avait été indûment expulsée, était demeurée à l'état de promesse^ les mesures d'exécution étant, de date en date, différées sous divers prétextes tirés de l'état d'insécurité de la région. J'avais énergiquement insisté à plusieurs reprises pour que satisfaction entière nous fût donnée, et j'avais, de guerre lasse, signifié au Tsong-li ya-men que si les autorités chinoises ajournaient encore la mise à exécution convenue, je me verrais obligé de confier à notre consul à Tch'ong-K'ing, M. Haas, la tâche de se rendre luimême avec nos missionnaires aux diverses stations d'où ils avaient été chassés, pour les réinstaller. Et, de fait, j'avais, après de nouveaux ajournements, donné à M. Haas, à la fin du mois de décembre i896, l'instruction de se rendre à Tch'eng-tou, et de là aux trois stations du Sseutch'ouan, Batang, Yaregong, Yerkalo, où il importait que nos Missions fussent sans plus de retard réintégrées. M. Haas s'était mis en route au mois de janvier 1897, malgré la vaine tentative faite auprès de moi par le Tsongli ya-men pour obtenir de nouveaux délais, et j'avais déclaré aux ministres chinois que, le devoir de protection leur incombant, c'était à eux d'assurer, tant par une escorte suffisante donnée à M. Haas que par les instructions à adresser aux autorités locales, l'accomplissement de la mission conférée à notre consul. M. Haas, dont la santé était déjà assez précaire, tomba malheureusement

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