‹ Ma mission en ChineChapitre 14 sur 180 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

tchéou, vers la ville importante de Nieou-tchouang. Aux deux campagnes ainsi entreprises et poursuivies s'ajoutait, vers la mi-janvier 1895, l'expédition d'un troisième corps d'armée japonais d'environ 20000 hommes contre la côte du Chan-tong et le port de Wei-hai-wei où s'étaient retirés les derniers bâtiments de la flotte chinoise.

A Pékin, le prince Kong, investi de tous les pouvoirs, faisait entrer dans le grand Conseil, à la place du Mandchou Olohopou et du Chinois Tchang Tche-Wan, le Mandchou Kang-yi et le Chinois Li Hong-tsao qui avait été disgracié, comme lui, au mois d'avril 1884. Il procédait en même temps à d'assez notables changements dans le personnel des vice-royautés, et s'efforçait d'infuser in extremis un nouveau sang dans les veines de l'Empire. Des mesures étaient prises à Pékin même et dans les provinces pour assurer la protection des étrangers et notamment des missionnaires. Nous avions cru devoir nous-mêmes, de notre côté, à cause des inquiétudes dont l'écho se répandait en Europe, compléter et renforcer ces moyens de sauvegarde et de défense par la présence dans les différents ports de bâtiments de guerre et par le débarquement à Tien-tsin, à Pékin, à Shanghai, de fusiliers marins chargés de veiller sur les colonies étrangères. C'étaient là des précautions peut- être superflues, étant donné l'intérêt évident qu'avait le gouvernement chinois à conserver la sympathie des puissances de l'Ouest et à éviter toute atteinte, toute offense à la sécurité de nos nationaux. En fait, il n'y eut pas, pour les étrangers, de période plus calme, et où leurs intérêts, leurs droits, leurs privilèges même furent plus respectés, que celle de la guerre sino-japonaise de 1894-95. Le gouvernement du prince Kong fut très attentif à nous marquer en toutes circons-

tances une extrême sollicitude. La population indigène de la capitale^ malgré le départ d'une partie des étrangers et de quelques riches familles chinoises, demeurait tranquille. Des placards affichés sur les murs par des mains inconnues invitaient le peuple à ne rien craindre des Japonais. Une chanson courant les rues annonçait sans émoi l'approche des armées ennemies. Il régnait toutefois, pendant cet hiver de plus en plus rude, une profonde misère, et nos établissements religieux eurent fort à faire pour venir en aide à leurs ouailles chrétiennes.

Le gouvernement chinois avait, dans les derniers jours de novembre, profitant de la gracieuse entremise des ministres des États-Unis à Pékin et à Tokio, fait sonder le gouvernement japonais sur les conditions auxquelles la paix pourrait être conclue entre les deux pays. Le gouvernement japonais, sans se refuser à laisser pressentir quelques-unes de ces conditions, singulièrement plus étendues et plus rigoureuses que celles auxquelles le cabinet de Pékin était préparé, avait surtout et d'abord manifesté sa ferme résolution de ne traiter qu'avec la Chine elle-même, directement, sans intermédiaire, et par l'envoi au Japon de négociateurs réguliers, revêtus de pleins pouvoirs. Le gouvernement chinois, ainsi placé devant la réalité, était encore divisé entre les partisans déjà décidés de la paix, tels que le prince Kong, l'Impératrice douairière et les nouveaux membres du grand Conseil^ et les partisans d'une prolongation de la guerre, à la tête desquels étaient, semble-t-il, l'Empereur, qui eut à ce moment des révoltes de patriote, et le vice-roi Tchang Tche-tong qui, transféré à Nankin, s'efforçait d'y organiser la défense nationale. Quant au vice-roi Li, rendu responsable des revers de la Chine en Corée d'abord, puis

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