LIVRE IV
n'était point sans affinité avec elle, qui pourtant était avant tout Tun des plus grands empires d'Europe, Tun ■des plus importants facteurs et maîtres de la politique du monde.
Li Hong-tchang, après les mémorables entretiens de Saint-Pétersbourg et de Moscou avec l'Empereur, le prince Lobanoff et M. Witte, avait fait partager à l'empereur Kouang-siu, dont la dernière guerre avait exalté le patriotisme, à l'Impératrice douairière si éveillée aux intérêts de la dynastie, au prince Kong et au grand Conseil sa conviction que l'alliance russe était pour la Chine l'ancre de salut, le bouclier contre l'éventualité de nouvelles agressions japonaises. Il accepta la responsabilité ■d'endosser et de mettre en pratique cette politique, même sans avoir, dans la position de second plan qu'il occupait au Tsong-li ya-men, le pouvoir visible, la direction Apparente. Il fut, en réalité, pendant trois années, c'est-àdire jusqu'à la curée qui suivit l'occupation de Kiaotcheou par l'Allemagne, et même encore pendant la période de négociations et de restauration qui suivit l'insurrection des « Boxeurs * , l'homme d'État, le chancelier in partibus de la Chine.
L'opinion publique, en tant qu'elle existe dans ce pays, où elle n'est guère faite et représentée que par les fonctionnaires et le séminaire de lettrés où les fonctionnaires se recrutent, avait, après la guerre, senti qu'il y avait quelque chose à faire, que la Chine devait se réformer, s'instruire, s'armer, se mettre au pair des puissances de l'Ouest et du Japon lui-même en tout ce qui concerne les sciences et les applications des sciences, la civilisation matérielle, l'outillage militaire et industriel. Les plus grands lettrés de la Chine, les plus brillants
lauréats des examens, les trois d'entre eux qui, à cette date, pouvaient être considérés comme les t leaders » de la Chine intellectuelle, étaient Tchang Tche-tong, vice-roi des deux Hou, Wong T'ong-ho, précepteur de l'Empereur et président du ministère des Finances, et enfin, quoiqu'il fût encore dans l'ombre et quïl n'eût guère été découvert jusque-là que par Wong T'ong-ho, qui devait plus tard le présenter à l'Empereur, K'ang Yeou-wei, l'un des derniers lauréats des examens, l'auteur d'un ouvrage sur Confucius, fe Boi sans couronne, qui passionna et révolutionna l'armée des lettrés, le réformateur hardi qui devait jouer en 1898 un si grand rôle auprès de l'Empereur dans les Cent-Jours où il semblait que, par les décrets de Kouang-siu, la Chine allait être transformée de fond en comble. Tous les trois, Tchang Tche-tong, Wong T'ong-ho, K'ang Yeou-wei, sous des formes différentes, à des degrés inégaux, et avec des intentions qui sans doute n'étaient pas rigoureusement les mêmes, étaient cependant d'accord pour penser que la Chine, sans renoncer radicalement à ses traditions et disciplines intellectuelles et sociales, avait à apprendre, à se mettre à l'école, à ne pas rester désarmée et comme en infériorité vis-à-vis des autres puissances de ce monde, et n'était plus en état de repousser le contact, les relations, les échanges de commerce et d'idées avec le reste de l'univers.
C'est le vice-roi Tchang Tche-tong qui le premier, dans une double série de dissertations ou exhortations, les unes intérieures (nei-pien), c'est-à-dire consacrées aux choses du dedans, à la réforme du cœur et de l'àme, les autres extérieures (wai-pien), consacrées aux choses du dehors, à la réforme des études, des méthodes, des examens, et publiées sous le nom général d'exhortations à