LIVRE IV
l'étude (K'iuan-hio-pien), osa indiquer à la Chine le devoir qui s'imposait à elle de se réformer, de réparer sa défaite, de se préparer à nouveau pour un relèvement nécessaire. Ces dissertations, présentées à l'Empereur par Hang Chao-ki, membre de l'Académie des Han-lin et commentateur impérial, eurent son entière approbation : quarante exemplaires en furent distribués, par l'intermédiaire du grand Conseil, parmi les vice-rois, gouverneurs et examinateurs provinciaux qui eurent l'ordre de les réimprimer et de les répandre à profusion dans tout l'Empire. Sous le double aspect d'une réforme morale et d'une réforme des études, examens et méthodes, ce que Tchang Tche-tong proposait, c'était l'adoption par la Chine, non assurément des mœurs, des institutions, de l'éthique étrangères, mais de ce qui, à l'étranger, avait fait la force des puissances de l'Ouest et du Japon, c'està-dire des méthodes et de l'éducation scientifiques, d'un système d'études et d'examens plus approprié aux besoins du temps, aux nécessités de la défense nationale, au développement de la richesse et de la prospérité publiques. Le Vice-Roi écrivait, dans sa préface, que la .Chine devait d'abord savoir rougir, rougir de voir l'Empire inférieur au Japon, à la Turquie, au Siam, à Cuba même, qu'elle devait savoir craindre, craindre de voir l'Empire devenir semblable à l'Annam, à la Birmanie, à la Corée, à l'Egypte, à la Pologne, qu'elle devait enfin savoir changer, changer ses méthodes, ses études, ses examens, recherchant avant tout l'essentiel et le fondement qui est d'apprendre et de savoir pour agir, et d'agir dans l'intérêt du pays et de l'Empire.
Les dissertations ou exhortations intérieures du K'iuanhio-pien rappelaient et recommandaient surtout le res-
pect et la pratique des antiques vertus et maximes auxquelles la Chine devait rester fidèle, l'union des cœurs, le loyalisme envers la dynastie régnante, le culte des relations fondamentales (de prince à sujet, de père à fils, de mari à femme), la connaissance et l'estime de sa race, le respect des classiques, la rectitude des idées sur le» vrais pouvoirs, l'ordre dans les études. Dans les deux dernières dissertations de cette première partie, Tchang Tche-tong indiquait à larges traits ce que peut être aujourd'hui le programme des études classiques, réduit à l'essentiel, et il insistait en termes vigoureux sur la nécessité de la lutte contre le poison qui a envahi les vingt-deux provinces, contre l'opium. C'est dans la seconde partie (exhortations extérieures) que Tchang Tche-tong expose la réforme, telle qu'il la comprend, et qui consiste, sans renoncer le moins du monde à l'éducation nationale, qui est l'éducation du dedans (cœur et esprit) par la tradition, les livres classiques, la religion du Saint homme (Confucius), d'y joindre, dans la proportion voulue, l'instruction du dehors, celle des sciences, arts, langues de l'Ouest, celle des applications de ces sciences et arts (dans le commerce, l'industrie, l'armée, la marine, l'administration).
Le Vice-Roi explique fort bien comment, par l'isolement, par les abus, par l'inertie, la Chine, qui, aux temps de K'ang-hi et de K'ien-long, était un grand Empire dont la civilisation et la force eussent pu résister à l'assaut de l'étranger, s'est affaiblie, diminuée, désarmée, livrée ellemême aux pires dangers. Ce qu'il faut, c'est que, tout en conservant ses principes nationaux, sa tradition philosophique et morale, l'étude de ses vieux livres, le culte de son Saint homme, elle y ajoute ce par quoi l'Europe a