‹ Ma mission en ChineChapitre 136 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

acquis sa supériorité présente, c'est-à-dire l'instruction scientifique, l'outillage commercial, industriel et militaire, l'utilisation pratique des sciences, des arts et des méthodes, t La science chinoise, écritTchangTche-tong, est la science du dedans, la science européenne est la science du dehors, je veux dire que la science chinoise a pour but de régler le cœur de l'homme, tandis que la science européenne répond aux nécessités de la vie extérieure. » Il en résulte, comme les Japonais, lors de leur grande révolution et restauration, l'avaient senti et compris, qu'il faut à la science du dedans joindre celle du dehors, sans sacrifier l'une à l'autre. Tchang Tche-tong va plus loin. Il estime, puisque le travail d'adjonction et d'assimilation a déjà été fait par le Japon, que la méthode la plus facile et la moins coûteuse pour la Chine de compléter sa science du dedans par celle du dehors est d'en emprunter les éléments et les résultats au Japon lui-même. C'est au Japon qu'il conseille d'envoyer les étudiants chinois, c'est d'après les traductions japonaises qu'il propose de prendre connaissance des livres européens, c'est d'après les adaptations déjà faites par le Japon qu'il conseille à la Chine de s'assimiler au plus tôt les acquisitions des sciences, des arts, des méthodes de l'Europe. Il est arrivé souvent, dans l'histoire, que le vaincu, pour se relever, pour se mettre en état de prendre sa revanche, ait imité son vainqueur, ait pris de lui des leçons. Cet exemple, Tchang Tche-tong redoute d'alutant moins de le suivre qu'en imitant le Japon, c'est, en réalité, l'Europe elle-même dont, par cet intermédiaire, la Chine cherchera à s'assimiler la civilisation et l'outillage.

Le Vice-Roi examine, dans une suite de dissertations, ce qu'à cet égard il y a lieu de faire pour l'extension des con-

naissances et des programmes, pour l'organisation des voyages à l'étranger, pour la création de nouvelles écoles (par la transformation de sept dixièmes des temples et bonzeries), pour la traduction des livres étrangers, pour la lecture des journaux et revues, pour le changement des méthodes et la réforme des examens, pour la transformation de l'agriculture, de l'industrie, du commerce, pour l'organisation de Tarmée, pour l'exploitation des mines et des chemins de fer, pour le dosage aussi judicieux que possible des deux méthodes chinoise et européenne, pour le maintien des forces de la défense nationale, pour la sage pratique des idées d'hospitalité et de tolérance. Il y a, dans ces divers chapitres, notamment dans ceux qui sont consacrés aux méthodes, à la réforme des examens et au dosage judicieux des deux civilisations, des pages vraiment admirables par l'élévation, la finesse, la largeur, autant que par le patriotisme, le. sentiment des besoins et nécessités du temps, l'intelligence des grandes lois de l'histoire. Pour l'œuvre si difficile du dosage des méthodes et de la réforme des examens, Tchang Tche-tong a donné des préceptes, a fixé des règles qui, si elles eussent été suivies, auraient assuré le succès de l'adaptation nécessaire à faire entre les deux civilisations, entre la doctrine et pratique de Gonfucius et l'enseignement européen. Ce qu'il convient, en tout cas, de noter et signaler hautement, c'est qu'à cette heure critique et décisive de la vie de l'Empire, le vice-roi des deux Hou a vu ce qu'il y avait à faire, a eu le courage de le proclamer et l'art d'indiquer la façon dont la réforme devrait être conçue et exécutée. N'oublions pas d'ajouter qu'à ce grand plan de réforme du K'iuan-hio-pien , l'Empereur Kouang-siu a aussitôt donné son adhésion et qu'il en a

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