‹ Ma mission en ChineChapitre 137 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ordonné la diffusion et l'application par tout l'Empire. L'immense armée des mandarins et lettrés de tous grades ne fut pas sans doute unanime à adopter, malgré la ratification impériale, le programme et la grande exhortation du Vice-Roi qui était pourtant l'un de ses vétérans et de ses chefs le plus hautement respectés. Tchang Tche-tong avait lui-même indiqué et signalé dans le K'iuan-hio-pien les raisons pour lesquelles, parmi les mandarins et les lettrés, il y aurait des résistances et comme des impossibilités de le suivre. Une vieille civilisation a tendance à se croire menacée, si elle doit admettre quelque élément nouveau. Et ce sentiment se compliquait, s'aggravait ici de ce que l'élément nouveau, non seulement était emprunté à l'Occident, mais Tétait par l'intermédiaire de l'ennemi détesté, le Japon. Des conservateurs invétérés et des patriotes ardents, comme WongT'ong-ho, se laissèrent cependant convertir, non tout de suite, mais peu à peu, par la force de la raison. Les lettrés plus jeunes, plus radicaux, tels que Kang Yeou-wei, rêvaient, selon toute vraisemblance, comme l'événement l'a prouvé, des réformes plus profondes et surtout plus rapides. Ils devaient avoir et prendre, un jour, sur le jeune Empereur, une influence plus ardente. Pourtant, à cette date de 4895-4897, le K'iuan-hio-pien résumait avec assez de fidélité l'opinion, la tendance qui peu à peu s'établissait dans l'Empire, et en vertu de laquelle la Chine s'éveillait à l'idée des réformes nécessaires. C'est dans cette atmosphère plus confiante, plus libre, que la meilleure partie de la Chine officielle se prenait peu à peu à respirer et à vivre. Si malaisé qu'il fût à Pékin de se renseigner sur l'état de Tesprit public et sur les tendances dominantes d'un moment, des symptômes assez visibles et assez sûrs témoi-

gnâient cependant que c'était dans ce sens que se prononçait et se dirigeait alors l'élite de ceux à qui se trouvaient remises les destinées du pays.

Dès le mois de novembre 4895, une société de réforme s'était créée à Pékin, et publiait sous le nom de Nouvelles publiqttes de tous pays (Wan-kouo-Kong pao) un organe destiné à tenir le public chinois informé des choses intéressantes de l'étranger. Au mois de décembre suivant, la société avait pris la forme d'un club, et son organe, sous un nouveau nom. Nouvelles du Monde (Tchong-wai-tche-wen), était devenu un véritable journal sur le type des journaux d'Occident. Le nouveau club, dénoncé par les censeurs, dut, pour survivre, se transformer le 45 mars 4896 en une société ou institution officielle. Il devint la « Librairie officielle » et fut placé sous la direction de Souen Kia-nai, président du ministère des Travaux publics, tuteur de l'Empereur, et qui, dans toute cette période, fut souvent appelé à présider à des créations de culture et de progrès. A peu près à la même date, commencèrent à être fondées des écoles de langues étrangères, des étudiants chinois furent envoyés en Europe, Li Hong-tchang et le taotai Cheng, directeur des chemins de fer, proposèrent la création à Pékin d'une université impériale, dont le taotai Cheng s'offrait à supporter la dépense. Les étrangers, établis et résidant en Chine, très convaincus de l'intérêt qu'un tel mouvement offrait pour l'avenir de leurs relations avec les indigènes, secondaient sincèrement ces premiers efforts. Les missionnaires de toutes confessions, qui depuis longtemps avaient fait de la diffusion et propagande des études un de leurs principaux objets, étaient tout prêts à collaborer à toutes les créations tentées en ce genre. Nos mission-

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