‹ Ma mission en ChineChapitre 138 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

naires catholiques étaient, à cet égard, tout aussi empressés et dévoués que les missionnaires protestants, bien que ces derniers, les missionnaires américains surtout, eussent, par la constitution et la dotation de leurs missions, des facilités et ressources plus grandes. Je n'avais pas manqué, de mon côté, d'appeler sur ce sujet l'attention du gouvernement de la République qui aussitôt, par des encouragements et d'importants subsides, avait mis nos missionnaires, nos municipalités de Tientsin et de Sbanghai, nos médecins du cadre colonial en mesure de prendre leur part de ce mouvement vers l'instruction et la lumière. A Pékin même, l'une de nos sociétés récentes, le Comité de patronage des étudiants étrangers, avait bien voulu, dès le principe, prendre à sa charge les frais d'études et d'examens des premiers étudiants chinois qui furent envoyés en France. Certains missionnaires protestants, emportés par leur zèle, sir Timothy Richard, anglais, le révérend John Wherry, américain, allèrent un peu vite en besogne : ils voulurent se mêler trop directement aux Chinois les plus avancés et se faire admettre dans le club de réforme ouvert à Pékin. Le résultat de cette démarche excessive et prématurée fut la fermeture du club et sa transformation, ainsi qu'il a été relaté plus haut, en une institution purement officielle d'où les étrangers étaient exclus. C'est quelques années plus tard seulement qu'un autre missionnaire américain qui s'est fait un nom dans cette histoire, le révérend Gilbert Reid, avec plus de patience, de souplesse, de ménagement pour les susceptibilités chinoises, parvint à nouer avec les indigènes et les autorités elles-mêmes des relations, d'abord sociales, puis, si j'ose dire, cultuelles, relations de propagande intellectuelle et sociale, qui ne furent

pas Sans efFet sur le rapprochement entre la Chine et rOccident.

Dans cette période de 1895-1897, les deux tendances dominantes, les deux c leitmotive > en Chine étaient donc, pour la dynastie et le gouvernement, Falliance avec la Russie; pour le monde des fonctionnaires, des mandarins et des lettrés, la réforme des études, des examens et des méthodes d'après le type occidental et japonais. La nation elle-même, habituée à se laisser gouverner par la tradition patriarcale, après tout assez douce, malgré d'intermittentes et brusques sévérités, ne s'émut guère de ce changement d'orientation et de cette bataille des méthodes qui n'affectaient, avec la Cour et le gouvernement, que l'armée des mandarins et des lettrés. La Chine n'en continuait pas moins à cultiver son riz, à se livrer au commerce, à pratiquer, dans le privé, son système d'emprunts et d usure, à vivre sa petite vie de rude labeur coupée d'humbles joies et plaisirs. La Cour ellemême, malgré les périls dont elle avait senti l'approche, malgré les angoisses dont elle avait souffert, et quoiqu'elle eût compris la nécessité du lien qui la rattachait désormais à la politique russe, avait repris son train ordinaire. Si l'Empereur, docile à son tempérament, était un peu plus méditatif et mélancolique, et aussi parfois un peu plus désireux de faire tout son devoir de souverain et de relever TEmpire, l'Impératrice douairière, rassurée par la paix et par le traité sino-russe, s'adonnait de nouveau à ses goûts de luxe, à sa passion pour le jeu et les spectacles, à ce régime fastueux du Palais d'Été au milieu de ses femmes, de ses comédiens, de ses eunuques. Les hauts mandarins eux-mêmes, bien que souvent harcelés par les difficultés du gouvernement, les intrigues du

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