LIVRE PREMIER
à Port- Arthur, successivement dépouillé de tous ses titres et honneurs, y compris la jaquette jaune et les plumes de paon, il était sans cesse dénoncé par les censeurs et menacé des sanctions les plus graves que, seule, la haute faveur de rimpératrice douairière réussissait à détourner de sa tête. Après des tâtonnements et hésitations qui se prolongèrent pendant plusieurs semaines, le parti de la paix avait enfin prévalu. Un décret, rendu le 20 décembre par l'Empereur, au nom de rimpératrice douairière, avait désigné, comme plénipotentiaires chargés de négocier la paix, l'un des membres du Tsong-li ya-men, Tchang Yin-houan, ancien ministre à Washington et à Madrid, et l'ex-gouverneur de Formose, Chao Yeou-lien, actuellement gouverneur du Hou-nan.
En même temps que, par l'entremise du ministre des États-Unis à Tokio, le gouvernement chinois notifiait la désignation de ses deux plénipotentiaires^ il demandait la conclusion d'un armistice, d'autant plus urgent sans doute pour le cabinet de Pékin que les progrès des deux armées japonaises, l'une par le nord de la Mandchourie méridionale, l'autre par la presqu'île du Leao-tong, menaçaient Nieou-tchouang, d'où les voies leur seraient ouvertes sur Chan-hai-kouan et le Tcheli. Le gouvernement japonais, pour les raisons exactement inverses et pour ne pas compromettre ses succès, n'était nullement pressé d'interrompre les hostilités. Il se défiait, d'ailleurs, des véritables intentions du gouvernement chinois, dont les divisions et les hésitations lui étaient connues, et qui, en ne lui envoyant que des négociateurs de second rang, ne paraissait pas se représenter exactement toute la réalité de la situation. Il se réservait, au surplus, d'exa-
miner attentivement, à cet effet, les pleins pouvoirs des négociateurs et d'y découvrir toute la pensée, tout le dessein d'un gouvernement qui s'était toujours montré plus habile dans l'art des négociations que dans la conduite des armées.
La demande d'armistice formulée au nom du gouvernement chinois n'ayant pas été accueillie, les deux plénipotentiaires n'avaient pas hâté leur départ. Tchang Yin-houan n'avait quitté Pékin, après avoir été reçu par l'Empereur, que le 7 janvier. De Tien-tsin, il s'était rendu par mer à Shanghai où l'attendait Chao Yeou-lien ; et ce n'est que le 27 du même mois que les deux plénipotentiaires s'étaient embarqués à bord d'un des bâtiments de la ligne anglo-canadienne de Hong-Kong à Vancouver pour .gagner Hiroshima où devaient se tenir les conférences de la paix. Au moment même où les plénipotentiaires, accompagnés de M. Georges Poster, ancien secrétaire d'État des États-Unis, qui leur était adjoint, avec l'assentiment du gouvernement japonais, comme conseiller légal et financier, arrivaient à destination, les ministres de France, d'Angleterre et de Russie à Tokio, par des démarches identiques, mais séparées, exprimaient amicalement au gouvernement du Mikado l'espoir de leurs gouvernements •dans une prompte et équitable conclusion de la paix. 'Mais, dès la première conférence tenue à Hiroshima le 2 février, les comtes Ito et Mutsu, plénipotentiaires japonais, se rendirent compte que les lettres de créance et les pouvoirs des négociateurs chinois étaient irréguliers et insuffisants, ne constituant tout au plus les deux envoyés chinois que comme des agents destinés à sonder les intentions du Japon et à consulter les plénipotentiaires japonais, mais sans véritable pouvoir de négocier et de