‹ Ma mission en ChineChapitre 142 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

alors avec le contre-amiral de Beaumont dans le golfe du Petchili et sur la côte occidentale du Japon. Tout le reste du temps, j'ai conscience d'être demeuré sur la brèche, d'avoir défendu pied à pied les intérêts qui m'étaient confiés, d'avoir fourni le plus rude labeur qu'il m'ait été donné d'accomplir dans toute ma carrière. Mon séjour à Pékin ne fut, à vrai dire, qu'une longue négociation ininterrompue. Mes séances au Tsong-li ya-men se renouvelaient plusieurs fois par semaine et duraient chaque fois plusieurs heures. Les travaux de recherches et de rédaction, l'étude des dossiers avec les secrétaires et les interprètes me prenaient également beaucoup de temps. Que d'heures j'ai passées à ma table de travail, soit dans la clarté et l'allégresse du matin, soit dans l'après-midi au retour du Tsong-li ya-men ou de visites à mes collègues, soit dans les longues soirées, alors que les bruits de Pékin s'étaient apaisés, et que je n'entendais plus que le vent soufflant de Mongolie ou les cliquettes de bois du veilleur de nuit faisant sa ronde dans les cours et jardins de la Légation! Mais je sentais que ce travail portait ses fruits, que je régkis peu à peu toutes les questions dont la solution était devenue nécessaire pour l'établissement entre la France et la Chine de relations sûres et confiantes, pour la consolidation de nos possessions indo-chinoises et aussi pour les besoins et exigences de notre politique générale dans le monde. J'avais en même temps la satisfaction de me rendre compte que le succès de cette politique était heureux pour la Chine elle-même qui, grâce à quelques-uns de ses hommes d'Etat, au prince Kong surtout et à Li Hong-tchang, avait compris le rôle que, dans sa détresse, après ses revers, elle avait encore à jouer, le parti qu'elle avait à prendre.

De la guerre néfaste dans laquelle elle avait été en quelques mois si complètement vaincue et abattue, la Chine retirait du moins, par la politique prévoyante de la Russie et de la France, auxquelles l'Allemagne ne s'associa que pour un temps assez court et dans une pensée trop visible d'intérêt égoïste, cet avantage inespéré d'échappier au destin qui, dans d'autres circonstances et sans l'intervention russo-française, l'eût inévitablement atteinte. Si cette intervention ne s'était pas produite, si les deux ou trois puissances de TOuest qu'avait inquiétées le traité de Shimonoseki n'avaient pas conseillé au Japon de renoncer à l'occupation du territoire continental de la Chine, celle-ci, selon la loi presque classique de son histoire, aurait vu la nouvelle puissance de l'Est, comme jadis les Tartares, les Mongols, puis les Mandchoux, s'installer chez elle et faire souche à Pékin. Si le Japon avait été en état de faire sa guerre cinquante ans plus tôt, avant 4840, c'est-à-dire avant les premiers établissements sérieux des Européens en Chine, il eût, selon toute vraisemblance, créé à Pékin une dynastie nipponne. C'est l'Occident, ou plus nettement encore c'est la politique russo-française qui, en maintenant et défendant les intérêts européens déjà consacrés, a préservé et sauvé la Chine elle-même, sa souveraineté, sa dynastie, son intégrité et son indépendance. Aussi n'est-ce que justice que, durant Je cours de la guerre elle-même, et par anticipation du service qui allait lui être rendu, la Chine ait d'abord ouvert le Palais impérial, jusqu'alors interdit, aux ministres étrangers, qu'elle ait ensuite transformé en une certaine mesure le Tsong-li ya-men, c'est-à-dire le tribunal ou la haute commission devant laquelle étaient évoquées les affaires étrangères, de façon à en faire un

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