‹ Ma mission en ChineChapitre 146 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pour l'aviser de son intention et exprimer l'espoir que cette détermination ne contrariait en rien ses propres plans et projets. L'empereur Nicolas II laissa fa^re, sans que le ministre intérimaire des Affaires étrangères, M. Chichkine, qui occupait le poste depuis la mort du prince Lobanoff, prît sur lui de lui conseiller l'opposition oula résistance. M. Hanotaux, lui, comprenait la faute grave qui allait être commise; il essaya, dans la mesure de soa pouvoir, de la prévenir. Mais l'empereur Guillaume II s'était, par son télégramme personnel, assuré d'avance le consentement, du moins tacite, de son impérial frère et cousin, faisant luire à ses yeux, selon toute vraisemblance, la possibilité d'occuper dès maintenant Port-Arthur. L'Angleterre n'était guère en mesure, du moment que la Russie et l'Allemagne étaient d'accord, d'empêcher l'inévitable. La malheureuse Chine tenta, sinon de résister, du moins de gagner du temps et de négocier. Mais déjà l'empereur Guillaume II avait décidé l'envoi d'une nouvelle escadre allemande en Chine sous le commandement de son frère, le prince Henri, et le départ de cette escadre avait été salué par lui en termes qui manifestaient nettement sa volonté de ne pas céder. Le baron Heyking à Pékin insistait pour un prompt et définitif règlement. La Chine, après d'infructueux efforts pour détourner le calice, dut s'incliner. Le 6 mars 1898 était conclu entre l'Allemagne et la Chine un traité aux termes duquel la seconde cédait à bail à la première, pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans, le port de Riao-tcheou et une zone de 50 kilomètres autour de la baie, « pour la réparation et l'équipement de ses navires, pour Temmagasinement de matériel et de provisions, et tous autres arrangements s'y rapportant». Par d'autres stipulations séparées, la Chine accordait en outre

à rAUemagne des concessions de chemins de fer et de mines dans la région comprise entre Kiao-tcheou et Tsi-nan-fou.

Cet accord sîno-allemand était immédiatement suivi, dès le 27 mars, d'une convention sino-russe par laquelle la Chine cédait à bail à la Russie, pour une durée renouvelable de vingt-cinq ans, les ports de Port-Arthur et deTalien-wan. La Chine accordait, en outre, à la Russie^ le prolongement du Transmandchourien jusqu'à ces deux ports.

L'Angleterre, après s'être mise d'accord à cet égard avec le Japon, obtenait à son tour de la Chine, à la date du 2 avril, la faculté d'occuper également à bail la baie de Wei-hai-wei, dès que le Japon Taurait évacuée, et aussi longtemps que la Russie occuperait Port-Arthur.

La France, suivant le mouvement, bien qu'elle n'y eût en réalité aucun intérêt, et bien que sa part dût être forcément assez médiocre, se faisait concéder à bail, au mois de mai, pour une durée de quatre-vingt-dix-neuf ans, la baie de Kouang-tcheou-wan, avec la faculté additionnelle de relier cette baie par une voie ferrée à la presqu'île de Lei-tcheou.

Au signal donné par l'Allemagne, et à la première défaillance manifestée par la Chine, toutes les grandes puissances étaient donc venues à la curée, avec cette aggravation que trois de ces puissances avaient été celles qui étaient intervenues après la paix de Shimonoseki pour sauvegarder l'intégrité du territoire chinois, que le Japon, lui, ne demandait et ne réclamait rien, et qu'enfin, l'un des ports cédés à bail à la Russie était précisément ce port de Port-Arthur que la Russie avait, avec la France et l'Allemagne, conseillé amicalement au Japon de rétrocéder à la Chine. C'était le démenti le plus flagrant à la politique de 1895, en même temps qu'une sorte de défi

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