‹ Ma mission en ChineChapitre 147 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

jeté au Japon. C'était, d'autre part, pour la Chine, un commencement d'abdication qui, pour une vieille nation restée malgré tout orgueilleuse, et où le patriotisme n'était qu'assoupi, devait être presque fatalement suivi d'une vigoureuse et significative réaction. Ce qui, en tout cas, dès la première heure, ne fut pas douteux, c'est que la Chine ne gardait pas sa confiance aux puissances qui, en somme, l'avaient déçue, et que la politique de 1895 était déjà frappée au cœur. C'est dans ces circonstances que mourait, dans la nuit du 29 au 30 fifiai i898, succombant à une affection cardiaque, le prince Kong, l'homme d'État qui, après avoir en 1858-1860 rétabli la paix avec l'Angleterre et la France, avait en 1895 apaisé de même le conflit entre la Chine et le Japon. Le Prince disparaissait à l'heure la plus incertaine et la plus trouble, lorsque de nouveau l'étoile de l'Empire pâlissait et que la politique qui devait le sauver recevait de la main même des puissances qui l'avaient conçue cette mortelle contradiction et ce fatal démenti.

La première réaction de l'orgueil et du patriotisme chinois vint, comme pouvaient s'y attendre ceux qui avaient observé l'empereur Kouang-siu dans la crise de 1894-95, de ce souverain dont la vie et le règne ne furent, dans presque toute leur durée, qu'un long servage sous la rude main de sa mère adoptive, l'impératrice Ts'eu-hi, mais qui, à cette date de 1898, et pendant une période de cent jours à peu près, eut un sursaut, un accès tragique et frénétique de volonté et de pouvoir, et qui, aidé de quelques jeunes conseillers, essaya, en l'espace de trois mois, de galvaniser, de réformer, de ressusciter l'Empire. La période du 10 juin au 15 septembre 1898, qu'on pourrait en effet appeler le règne des Cent-Jours,

fut la tentative la plus audacieuse, et pour qui connaît les mœurs de la Chine, la plus semblable à une héroïque gageure, de transformer en quelques semaines, à coups de décrets, et jusque dans ses profondeurs, un Empire qui allait s'affaissant et qui venait, en pleine paix, d'abandonner aux sollicitations et aux exigences de l'étranger trois des ports les plus importants de son littoral. Cette période, qui nous est bien connue par la collection (1) des décrets impériaux alors rendus, est celle durant laquelle l'empereur Kouang-sih, libéré pour un temps de la domination de l'Impératrice douairière retirée au Palais d'Été, affranchi de la tutelle de ses anciens ministres et conseillers, et se confiant à quelques hommes plus jeunes, plus ardents, passionnés pour la grandeur et le relèvement de leur pays, crut possible de secouer la torpeur de la Chine, de la réveiller de son sommeil, de la restaurer. L'Empereur avait déjà été frappé de ce que l'un des plus anciens vice-rois, Tchang Tche-tong, et son ancien précepteur, Wong T'ong-ho, lui avaient dit ou écrit sur les réformes qui pouvaient être introduites en Chine. Il avait lu le Kiuan-hio-pien du premier, il avait écouté les avis et confidences du second, et, sur le conseil de ce dernier, avait apprécié les écrits et les idées d'un jeune lettré, K'ang Yeou-wei, qui avait étudié, non seulement les livres sacrés de la Chine, mais les auteurs étrangers et l'histoire des différents États. K'ang Yeou-wei était destiné à être, pendant ces Cent-Jours, le principal confident et ins-

trument de l'Empereur. 11 fut reçu en audience le 15 juin et nommé, d'abord secrétaire adjoint au minis-

(1) La collection des décrets impériaux de 1898, traduite par le Père Jérôme Zobar, de la Société de Jésus, a été publiée à Shangha par M. J.-E. Lemiëre (1900U

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