LIVRE IV
tère des Travaux, puis directeur du Journal officiel^ mais il est visible que sa place fut surtout auprès de l'Empereur lui-même, dont il inspira la plupart des actes et décrets. Une particularité surprenante est que le même Wong T'ong-ho qui avait recommandé K'ang Yeou-wei à l'Empereur, et qui le premier contribua à le mettre dans sa faveur, fut lui-même frappé de disgrâce et, par un décret sévère, renvoyé dans sa province, précisément le jour où K'ang était reçu en audience par le souverain. Il est probable que Wong T'ong-ho, dont le caractère était difficile et ombrageux et la vanité sans limites, prétendit, après avoir présenté et recommandé K'ang, lui faire la leçon, à lui, ainsi qu'à l'Empereur lui-même, et que, dans un conflit survenu entre eux, le souverain jugea plus simple d'écarter un importun et un gêneur. Le souverain paraît s'être, en tout cas, parfaitement entendu avec K'ang et s'être inspiré de ses conseils dans la réforme des études et des examens, dans la réorganisation de certaines fonctions publiques, dans l'activité donnée aux grands travaux, dans la réforme de l'armée, dans rappel fait aux hommes de talent, dans la création de l'Université et du Journal officiel j dans la refonte des ministères et grands services publics, dans l'évocation, par voie de décrets, d'une Chine nouvelle qui, profitant des leçons de l'étranger, et se mettant énergiquement à l'œuvre, se rendrait apte à accomplir sa rude tâche.
Dans sa fièvre de réformes et de progrès, encouragé par ses propres audaces et les excitations croissantes de ses conseillers, l'Empereur en vint à vouloir écarter de sa route tous les obstacles, jusqu'à celui qu'il avait le plus de raisons de redouter, et devant lequel le sentiment de la piété filiale autant que le respect de la loi
dynastique l'avait fait jusqu'alors reculer, je veux dire rimpératrice douairière. L'Empereur crut pouvoir compter, dans cette périlleuse entreprise, sur le concours de l'ancien lieutenant de Li Hong-tchang, l'ex-rësident de Chine en Corée, Yuan Che-k'ai, grand juge au Tche-li, que, par un décret en date du 15 septembre, il nomma grand instructeur de l'armée et chargea de la formation des troupes. Yuan, qu'il ne craignit pas d'associer à ses desseins, reçut mission, d'abord d'exécuter le nouveau viceroi du Tche-li, Jong-lou, qui ne paraissait pas assez sûr, puis de s'emparer, avec l'aide des troupes, de l'Impératrice douairière et de la tenir internée au Palais d'Été. Yuan pesa dans les plateaux de sa balance les pouvoirs de l'Empereur et de sa mère, les chances de la réforme. Le résultat de son examen fut qu'il dévoila à Jong-lou les ordres qu'il avait reçus, laissant à ce dernier tout le temps nécessaire pour prendre parti et se prononcer. Jong-lou se hâta naturellement d'accourir à Pékin et de prévenir à son tour l'Impératrice douairière qui, elle, n'hésita pas. Elle fit immédiatement, par les soldats de Jong-lou et les eunuques, arrêter l'Empereur qui fut transporté et séquestré dans une petite île du Palais (à Yong-t'ai, la terrasse de l'Océan). Puis, par un décret censément rendu au nom du souverain, elle reprit les rênes du pouvoir, replaçant l'Empereur dans une nouvelle minorité et tutelle, dont il ne devait plus sortir. Kouang-siu n'avait eu que juste le temps d'aviser K'ang Yeou-wei, de lui donner par décret l'ordre de partir d'urgence pour Shanghai et de le soustraire ainsi à la colère et à la vengeance de l'Impératrice.
Ainsi finirent les Cent-Jours. Tandis que l'Empereur fut condamné à expier dans sa prison du lac le rêve