LIVRE IV
hardi qu'il avait conçu, l'Impératrice poursuivait saus pitié tous les conseillers et complices de son fils adoptif, dont un seul, K'ang Yeou-wei, lui échappa. Elle détruisit, par une nouvelle série de décrets, toute l'œuvre de réforme hâtivement édifiée par l'Empereur et K'ang. Elle appela Jong-lou au paJais de Pékin, dont il devint le commandant et le grand-maître, nomma Yuan vice-roi du Tche-li à Tien-tsin et, plus que jamais, s'entoura de& chefs du vieux parti mandchou et conservateur. Elle fit choix enfin, comme nouvel héritier de l'Empire, de P'outsiun, fils de Tsai-yi, prince Touan, enfant mineur, bien résolue à conserver, pendant cette nouvelle minorité, la régence de l'Empire. Par un raffinement de cruauté, P'ou-tsiun fut désigné dans le décret d'investiture comme successeur de l'empereur T'ong-tche, ce qui équivalait non seulement à la déposition, mais au désaveu même de l'empereur Kouang-siu qui avait été choisi lui-même comme le successeur de T'ong-tche.
Ici, avec la restauration de l'Impératrice douairière^ avec la désignation de P'ou-tsiun comme héritier présomptif, avec l'influence dominante du prince Touan, de Kang-yi, commence la vraie réaction, qui n'est plus celte fois, comme le règne des Cent-Jours, une tentative de régénération et de relèvement de la Chine, mais, et par la volonté du prince Touan, de Kang-yi et des chefs du parti mandchou avancé, une entreprise systématiquement dirigée contre la politique qui avait prévalu sous l'empereur Kouang-siu et le prince Kong, contre tous accords avec l'étranger, contre les étrangers eux-mêmes. C'est à cette date, en effet, que se noue entre les vieux Mandchoux et la secte révolutionnaire, dite des Boxeurs, selon le plan conçu par Kang-yi, le prince Touan et la camarilia du Palais,
le pacte qui seul a pu, de la fin de 1898 jusqu'à l'été de 1900, assurer les progrès et les succès des « Boxeurs * eux-mêmes. Le mouvement des Boxeurs était né dans la province du Chan-tong, d'abord des ferments toujours subsistants des sociétés secrètes qui ont en Cbine un éternel aliment, puis de la détresse causée par les dernières inondations du fleuve Jaune, enfin et surtout de l'émotion patriotique causée dans toute la province par la façon dont les Allemands s'étaient emparés de la baie et du territoire de Kiao-tcheou. C'est à Toccupation allemande de Kiao-tcheou que sont dues, d'une part la popularité avec laquelle le mouvement boxeur fut accueilli et salué, de l'autre l'indulgence et la connivence des autorités, depuis les plus hautes jusqu'aux plus basses, depuis les gouverneurs jusqu'aux derniers officiers de police, qui toutes encourageaient et appuyaient cet accès de protestation et de révolte contre l'agression étrangère. Le mouvement toutefois ne se serait pas généralisé, il n'aurait pas gagné les provinces voisines, il n'aurait pas pénétré jusqu'à Pékin si le prince Touan, Kang-yi et les ultra du parti mandchou n'avaient vu dans les Boxeurs des instruments prédestinés, une milice toute prête pour soutenir leur politique de réaction et de nationalisme. Il convient de noter que c'est par un décret impérial en date du mois de juin 1900 que l'Impératrice régente ordonnait aux Vice-Rois et gouverneurs de constituer des milices précisément avec ces Boxeurs qui avaient inscrit sur leurs étendards comme devise la défense de la dynastie et l'expulsion dés étrangers.
Autour de l'Impératrice douairière, il y avait encore quelques conseillers avisés qui la détournaient de cette politique recommandée par le prince Touan et Kang-yi et