‹ Ma mission en ChineChapitre 150 sur 180 · LIVRE IV 29f · texte numérisé non relu

LIVRE IV 29f

consistant à faire des Boxeurs les défenseurs de la dynastie et de l'Empire. Yuan Che-k'ai, Li Hong-tchang, les vice-rois du Yang-tseu étaient nettement opposés à ce système. Le prince K'ing et les membres du Tsong-li ya-men, sans se prononcer ouvertement, n'avaient cependant aucune inclination du côté des Boxeurs. L^attitude de Jong-lou fut plus énigmatique. Jong-lou voyait le danger de pactiser ainsi avec les ennemis de l'ordre et de provoquer les étrangers, mais il craignait de déplaire à l'Impératrice et de heurter de front le prince Touan et Kang-yi- Il louvoyait et hésitait. L'Impératrice elle-même était, comme lui, perplexe et partagée entre deux sentiments contraires : l'intérêt qu'il y aurait pour la dynastie à être ainsi soutenue et défendue par un grand mouvement populaire, la crainte que le mouvement n'échouât et que la répression étrangère ne fût terrible. Elle finit cependant, sous la pression du prince Touan, et après les premières violences commises dans Pékin contre les étrangers, contre les chrétiens indigènes, contre les Légations, par laisser faire, toute prête à profiter du succès, si le mouvement réussissait, à le désavouer, s'il était vaincu. Ce qui fit échec au mouvement et préserva finalement les Légations, ce fut la division parmi les Chinois eux-mêmes, ce fut l'attitude double et oscillante de Jong-lou qui, sans se déclarer contre les Boxeurs, refusa de leur livrer l'artillerie dont il disposait en maître, ce fut la conduite plus réservée encore du prince K'ing qui se préoccupait des suites qu'aurait cet attentat insensé contre toutes les puissances représentées à Pékin, ce fut la résolution prise par la plupart des Vice-Rois, surtout ceux du Yangtseu, de ne pas appuyer l'insurrection, ce fut enfin la politique vacillante de l'Impératrice qui, tout en se laissant

aller parfois à ses sentiments de haine contre l'étranger et d'espérance dans le succès, se décidait le lendemain à ne pas pousser les choses jusqu'au bout et se ménageait ainsi la possibilité d'une apologie et d'un pardon. L'Empire, par cette série de fautes, de contradictions et de crimes, descendit jusqu'au profond de l'abîme. Le jour où les troupes étrangères entrèrent dans Pékin et délivrèrent les Légations, la Cour n'eut d'autre ressource que de fuir sous des déguisements, dans l'appareil le plus misérable, et de se retirer, d'abord au Chan-si, puis à l'extréme-Ouest, jusque dans le vieux palais abandonné de Si-ngan-fou. La Chine, dont l'armée internationale victorieuse occupait la capitale, était tout entière à la merci de l'étranger, à qui seul il appartenait de décider de son destin. Elle n'avait jamais vu de plus près le spectre de la catastrophe finale.

Le prince K'ing, qui avait d'abord accompagné l'Empereur et l'Impératrice douairière dans leur fuite jusqu'à Houai-lai, à 200 li de Pékin, reçut à ce moment de l'Impératrice l'ordre de rentrer dans la capitale pour s'y tenir à la disposition des Alliés et négocier avec eux. Li Hongtchang qui avait été, dès le 10 juillet, rappelé de Canton et renommé vice-roi du Tche-li, avait également l'ordre de se rendre en hâte à Pékin et de se tenir prêt à négocier. Le prince K'ing et Li Hong-tchang étaient, en effet, dans ces circonstances, les deux seuls hommes d'État sur qui la Chine pût encore compter pour tenter d'apaiser le courroux des Alliés et pour conjurer le désastre. La Russie et la France furent les premières à comprendre que, malgré l'énormité du crime auquel la cour et le gouvernement chinois s'étaient associés, il était impossible de laisser la Chine elle-même sombrer et périr, et qu'il valait

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