‹ Ma mission en ChineChapitre 151 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

mieux, tout en exigeant les punitions et réparations nécessaires, supposer que la cour avait été plus faible que coupable. La Russie, que d'ailleurs le traité secret du mois de mai 1896 continuait à lier à la Chine, estimait que, pour prévenir des conséquences plus désastreuses encore, il fallait avant tout songer à réorganiser un gouvernement, et que si le prince K'ing et Li Hong-tchang étaient bien les personnages les plus propres à seconder l'exécution de ce dessein, la mesure la plus efficace et la plus sûre serait le retour immédiat de l'Empereur et de l'Impératrice à Pékin. Cet avis ne fut ni partagé, ni suivi, bien qu'il eût pour lui les vice-rois du Yang-tseu et, à leur tête, Tchang Tche-tong. Mais le gouvernement britannique et le gouvernejnent allemand surtout y étaient fort opposés. L'Allemagne, qui, en plaçant un officier d'un rang très élevé, le maréchal de Waldersee, à la tête de son corps expéditionnaire, s'était ménagé le moyen de prendre, en apparence tout au moins, la direction, et de se réserver le principal profit de la campagne, se montrait impitoyable justicière, et n'eût pas demandé mieux sans doute que de procéder dès alors à un dépècement, à un partage de la Chine. Déjà, au surplus, elle s'essayait au rôle qui, pendant quelques années, allait être le sien et qui consistait, d'une part à exciter la Russie contre le Japon, de l'autre à liguer l'Angleterre et le Japon contre la Russie, prête, quant à elle, à pêcher en eau trouble et à tout faire pour susciter aux autres puissances des causes ou occasions de division et d'affaiblissement. Dans ces conditions, et par suite de ces dissentiments ou résistances, les négociations entre la Chine et les Alliés ne s'ouvrirent que vers la fin d'octobre 1900, et se prolongèrent presque un an, jusqu'au 7 septembre 1901. En-

core ces négociations, presque exclusivement attache'es à la punition la plus adéquate possible des vrais coupables, si haut qu'ils fussent placés, et à la fixation des indemnités réclamées par les divers gouvernements, ne cherchèrent-elles pas et, par conséquent, ne réussirent pas à atteindre le seul objet que les puissances eussent dû se proposer, à savoir la réorganisation de la Chine, l'établissement entre elle et les puissances d'un régime et de relations qui eussent assuré d'une façon durable le gouvernement du Céleste Empire, le respect des traités, le maintien de Téquilibre et de la paix. Les plénipotentiaires assis à la table verte de la Conférence de Pékin insistèrent pour le juste châtiment des princes Touan et Tchouang, du duc Lan, de Yu-hien, gouverneur du Chan-si, de Yingnien, président de la Cour des censeurs, de Tchao Chou- Kiao, président du ministère de la Justice, de Ki-sieou, président du ministère des Rites, de Siu Tch'eng-yu, directeur au ministère de la Justice. Us obtinrent une indemnité globale de 450 millions de taëls. Le gouvernement chinois s'engagea, en outre, à expier le meurtre du ministre d'Allemagne, le baron de Ketteler, par l'envoi à Pékin d'une ambassade de regrets, à la tête de laquelle était placé le prince Tch'ouen, le futur régent de l'Empire. Le Tsong-li ya-men fut transformé en un véritable ministère, sur le type européen. Le quartier des Légations fut constitué en une sorte de glacis fortifié, avec garnisons étrangères et un peu d'artillerie. Plusieurs points entre Pékin, Tien-tsin et Chan-hai-Kouan furent occupés par les troupes étrangères. Plus radical, plus efficace et plus durable eût été le remède consistant à appliquer à l'homme malade qu'était la Chine la môme thérapeutique que le traité de Paris ordonna en 1856 pour la Turquie,

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