‹ Ma mission en ChineChapitre 152 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

je veux dire l'admission de la Chine comme de la Turquie elle-même, dans le droit public de l'Occident, l'indépendance, l'intégrité de l'Empire étant, comme celles de la Turquie, placées sous la garantie et la garde des puissances. L'application d'un tel régime et d'un tel traité à la Chine n'eût sans doute pas empêché les compétitions, les jalousies, les rivalités des diverses puissances. Elle eût du moins institué, pour le gouvernement et le contrôle de la Chine, des règles et des organes qui, en préservant la Chine contre elle-même, l'eussent également mise à l'abri de nouveaux dangers et hasards. Cest cette méthode que je m'étais permis de recommander dès l'automne de 1900, lorsque, de mon nouveau poste de Bruxelles, je continuais à suivre avec attention les événements de Chine et que parfois le département des Affaires étrangères de la République me faisait l'honneur de me consulter. Certains motifs, dont je ne méconnais pas la valeur, rendaient peut-être difficile à l'une des puissances alliés l'adoption de cette politique qui cependant, même pour cette puissance, eût été, je crois, la plus prévoyante et la plus sage. Le protocole final de Pékin n'apportait en tout cas aucune solution d'avenir aux questions qui, plus que jamais, restaient posées et qui ne devaient pas tarder à réclamer de nouveau la vigilante attention des puissances. Li Hong-tchang ne survécut que deux mois à la signature de ce protocole. Il mourut le 7 novembre 1901 dans le temple où il s'était retiré. Avec lui disparaissait, sinon encore tout entière la politique dont depuis cinq ans il avait été l'instrument, du moins l'esprit et l'âme de cette politique. L'Impératrice douairière, s'appuyant sur Jong-lou et Yuan Che-K'ai, continua sans doute, puisque la Russie s'y prêtait encore, à observer les près-

criptions et stipulations du traité sino-russe de 1896. Un nouvel accord signé le 8 avril 1902 entre la Chine et la Russie maintint les arrangements antérieurs de Tannée 4896, tout en fixant les conditions dans lesquelles les troupes russes qui avaient dû en 1900 occuper, pendant l'insurrection des Boxeurs, le territoire mandchou, en seraient graduellement retirées. Mais déjà, quelques semaines auparavant, le 30 janvier 1902, les deux gouvernements anglais et japonais qui, depuis Tannée 1895, n'avaient cessé de se rapprocher et entre lesquels la communauté d'intérêts politiques n'avait fait que s'accroître, s'étaient décidés à conclure un traité d'alliance dont l'objet était de faire contrepoids aux arrangements sino-russes et de préserver, avec l'indépendance et Tintégrité de la Chine et de la Corée, le principe de la porte ouverte en matière commerciale et industrielle dans ces deux pays. Bien que la France et la Russie aient aussitôt répondu à la conclusion de ce traité d'alliance par une déclaration dans laquelle les deux gouvernements alliés affirmaient s'inspirer, eux aussi, de ces mômes principes, il était clair qu'un conflit se préparait en Extrême-Orient entre les deux puissances dont les intérêts en Mandchourie et en Corée étaient divergents. La Chine, placée entre la Russie et le Japon, était destinée à être le champ clos où se viderait la querelle. L'éventualité prévue, que les intrigues et la duplicité de la politique allemande contribuèrent encore à précipiter, éclata au commencement de Tannée 1904. Dans la guerre russo-japonaise, dont la Grande-Bretagne et la France, que l'entente cordiale allait unir, surent heureusement limiter le théâtre et l'extension, la Chine, quoique neutre, fut d'abord le champ de bataille, puisque tous les combats se livrèrent en terri-

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