‹ Ma mission en ChineChapitre 153 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

toire mandchou, mais aussi la victime, tous les avantages que la Russie s'était assurés par son traité d'alliance avec la cour de Pékin devant être, par le traité de Portsmouth, transférés au Japon. La politique de 1895-96, conçue pour préserver la Chine contre les ambitions du Japon, aboutissait ainsi à substituer le Japon à la Russie dans la situation que celle-ci avait réussi à se faire en Mandchourie. La Chine ne put que reconnaître et homologuer, par le nouveau traité qu'elle conclut à Pékin le 22 décembre i905 avec le Japon, les stipulations du traité déjà passé à Portsmouth entre le Japon et la Russie : c'est le Japon qui finalement avait gagné la partie.

L'Impératrice douairière avait, dans cette période difficile, et depuis son retour définitif à Pékin au mois de janvier 1902, pris sur elle de modifier et modérer sa manière, et surtout de louvoyer. La leçon avait été dure et avait porté. Elle avait dû d'abord, par égard pour les Alliés et par une nécessité à laquelle elle ne chercha point à se soustraire, révoquer le choix qu'elle avait fait du fils du prince Touan, P'ou-tsiun, comme héritier présomptif de l'Empire. Il avait été admis, pour sauver la face et les apparences, que c'était P'ou-tsiun lui-même qui avait prié l'Impératrice de le relever de ce fardeau. Aucun héritier nouveau ne fut, pour le moment, désigné, et l'Impératrice crut prudent de paraître, sinon rendre à l'Empereur un pouvoir qu'elle entendait bien ne plus lui laisser, du moins le traiter avec plus de ménagement, l'épargner. L'empereur Kouang-siu fut, à partir de ce moment, considéré comme un malade à qui, du moins, des soins étaient donnés, envers qui certaine sollicitude était témoignée. Quant aux affaires mêmes de l'Empire, l'impératrice Ts'eu-hi, éclairée par la récente expérience.

incertaine de l'avenir, s'en (int à une sorte de balance entre l'ancienne administration et le commencement d'application de certaines réformes. Elle s'était fait précéder, avant sa rentrée à Pékin, de la publication de l'édit promulgué par elle à Si-ngan-fou le 28 janvier 1901, et qui, rédigé avec la collaboration de Jong-lou, donnait adroitement satisfaction à tous les partis. La souveraine, tout en se référant à son respect de la tradition, justifiait par des citations du Livre des changements et des Dialogues de Confucius l'opportunité de certaines réformes. Elle annonçait sa résolution d'adopter quelques-unes des méthodes de l'Occident, de faire appel aux hommes de talent, de « suivre une politique de moyen terme » entre l'attachement exagéré aux antiques coutumes et l'introduction hâtive de nouveautés prématurées. Tout en condamnant les réformistes de 1898 et surtout r « exécrable » K'ang Yeou-wei, elle admettait cependant quelques-unes des réformes décrétées pendant les Cent-Jours, notamment en ce qui concerne les études et les examens et le choix des fonctionnaires capables. Et plus tard, au moment même de rentrer à Pékin, elle publiait un nouvel édit (1), plus significatif encore, dans lequel, se représentant comme d'accord avec l'Empereur, elle affirmait sa ferme volonté de mettre en vigueur toutes les mesures nécessaires à la régénération de l'Empire, f Moi-môme et l'Empereur, dans l'intérêt de tous ceux qui nous sont chers, n'avons d'autre parti à prendre que de poursuivre cette nouvelle politique sans relâche ni défaillance. Nous déterminerons nettement le but de nos efforts, et nous nous entourerons d'hommes compétents

(1) Cet édit est cité dans l'ouvrage de MM. J.-O. Bland et E. Bagkousb sur l'Impératrice T$eu-hi. (Paris, Hactiette, 1912.)

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