‹ Ma mission en ChineChapitre 154 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pour nous aidera l'atteindre. Nous sommes, comme mère et fils, d'un seul et même avis : nous voulons rendre à notre Empire son ancienne splendeur. Nos sujets doivent unir leurs efforts pour nous aider à réaliser cette noble ambition. »

C'est en effet dans cet esprit qu'elle s'appliqua, dès son retour à Pékin, à gouverner l'Empire, mettant un peu plus en avant, pour apaiser les puissances étrangères, l'Empereur qui, bien qu'en tutelle, réapparaissait cependant dans certaines fonctions de Cour, et dont le nom était invoqué dans les décrets. Sous la pression destemps et de manifestations très nettes qui s'étaient produites dans les provinces du Sud, l'Impératrice en vint jusqu'à envisager la nécessité d'une réforme constitutionnelle. Une commission spéciale, sous la présidence du duc Tsai-tso, fut envoyée à l'étranger pour étudier lea systèmes politiques en usage dans les différents pays et en examiner les résultats. C'est à la suite de cette mission que devait être rendu, dans l'automne de 1905, le décret par lequel le souverain annonçait définitivement son intention d'octroyer une constitution, dont la mise en vigueur était toutefois subordonnée à l'état de préparation dans lequel se trouverait le pays et à l'efficacité des mesures qui auraient été prises pour rendre possible ce grand ckangement.

Dans l'intervalle, à la date du 11 avril 1903, l'Impératrice avait perdu en Jong-lou, âgé de soixante-sept ans^ grand secrétaire d'État, commandant du Palais et chef de l'armée depuis l'été de 1898, l'homme d'État, le conseiller qui, plus même que le prince Kong et Li Hong-tchang, avait eu sa confiance et lui avait, lors du coup d'État de 1898 et dans la grande crise de 1900, rendu d'inoubliables

services. Elle l'avait récompensé, autant qu'elle l'avait pu, de son vivant. Elle lui accorda, après la mort, le rang héréditaire le plus élevé que pût recevoir un sujet. Son plus grand regret avait été de constater que, malgré tous ses efforts, elle n'avait pu obtenir des gouvernements et des représentants étrangers, à l'égard de Jonglou et du rôle que celui-ci avait joué lors de l'insurrection des Boxeurs, la même estime et reconnaissance dont elle était, quant à elle, animée envers lui et sa mémoire. Dans un testament, adressé par lui à l'Impératrice douairière, et dont la traduction est publiée dans l'ouvrage de MM. Bland et Backhouse sur la souveraine, Jong-lou (en supposant que ce document soit authentique) se donne comme ayant le plus contribué à détourner l'Impératrice des Boxeurs et à l'avoir ramenée vers le parti de la modération et de la sagesse. C'est à lui, en tout cas, que la souveraine a gardé le plus de gratitude de la façon dont, en somme, elle avait finalement échappé au désastre dans lequel elle eût pu sombrer.

Après la mort de Jong-lou, c'est Yuan Ghe-k'ai qui restait le conseiller et le ministre le plus expérimenté, le plus avisé de l'Impératrice. Elle avait cependant cru devoir lui adjoindre le plus ancien des vice-rois, Tchang Tche-tong, qui avait été appelé à Pékin et, parmi les Mandchoux, le duc Tsai-tso qui, après sa mission en Europe, devint président du ministère des Finances, et T'ie-leang, allié à la famille de Jong-lou, qui dut sans doute à cette alliance, autant qu'à ses propres mérites, d'être appelé successivement à la présidence du ministère de la Guerre, à la présidence du Bureau des revenus, au grand Conseil, puis de nouveau à la présidence du ministère de la Guerre, où il exerça une réelle influence. Tels furent les conseillers et

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