‹ Ma mission en ChineChapitre 155 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

les ministres qui, dans les cinq dernières années de sa vie et de son règne, assistèrent la souveraine sur son déclin et détenant encore, en cette période troublée, obscure et difficile, le sceptre dont elle ne pouvait se détacher. Les cinq années de 1903 à 1908 furent celles de la guerre russo-japonaise (1904-1905), du règlement entre la Russie, le Japon et la Chine des questions mandchourienne et coréenne, enfin de la conclusion entre le Japon, la France, la Grande-Bretagne, la Russie et les États-Unis des accords destinés à définir entre le Japon et les puissances les plus intéressées de l'Occident les conditions d'indépendance, d'intégrité, d'équilibre et de statu quo de l'Asie orientale. La politique que les puissances de l'Ouest n'avaient pas jugé à propos d'adopter vis-à-vis de la Chine en 1900-1901, après l'insurrection des Boxeurs^ elles y venaient maintenant, mais par un biais et par l'entremise du Japon. C'est avec le Japon que les puissances de l'Ouest, en reconnaissant les faits accomplis, s'entendaient successivement sur tout ce qui concernait l'avenir de la Chine et des rapports â établir avec elle. Les puissances de l'Ouest reconnaissaient ainsi la prépondérance du Japon en Extrême-Orient et son avènement au rang de grande puissance, en même temps que le Japon se rangeait avec les puissances de l'Ouest pour définir et poursuivre une politique commune à l'égard de la Chine. Le programme d'indépendance et d'intégrité de la Chine et de facilités égales entre toutes les puissances pour le développement de leurs intérêts économiques et commerciaux, qui avait été la devise de l'alliance anglo-japonaise et de la déclaration franco-russe de 1902, devenait le programme commun des puissances de l'Ouest et du Japon dans leurs relations avec la Chine. Il

déterminait en même temps le sort et la destinée de la Chine elle-même qui, par cette voie indirecte, et par une série d'accords auxquels elle n'avait point de part, se trouvait placée sous la garantie des puissances ayant, lune après l'autre, traité et contracté avec le Japon.

Le dernier de ces accords, l'accord du 30 novembre i908 entre le Japon et les États-Unis, s'était conclu quinze jours après la date où fut connue à Tokio, comme à Pékin, la mort, à quelques heures à peine d'intervalle, de l'empereur Kouang-siu et de sa mère adoptive, l'impératrice Ts'eu-hi. Cette quasi-simultanéité des deux décès ne laissa pas que de faire planer des soupçons, sinon sur l'Impératrice elle-même, du moins sur les personnes de son entourage qui avaient intérêt à ce que l'Empereur ne survécût point à sa mère. L'Impératrice, en tout cas, eut le temps •de faire in extremis proclamer comme héritier le fils du prince Tch'ouen, P'ou-yi, dont la mère était une fille de feu Jong-lou, et qui n'avait que trois ans. Elle décréta que P'ou-yi devenait ainsi héritier adoptif de l'empereur T'ong-tche, et qu'en même temps il accomplirait les sacrifices de la piété filiale au temple de l'empereur Kouangsiu, ce qui assurait aux deux Empereurs les honneurs du culte. Par un autre décret, le père de l'héritier, le prince Tch'ouen, était désigné comme Régent de l'Empire, avec le titre de c coopérant au gouvernement » , la femme de Kouang-siu, l'Impératrice consort, qui était nièce de l'impératrice Ts'eu-hi, devait, après la mort de celle-ci, devenir elle-même l'Impératrice douairière. L'impératrice Ts'eu-hi, quoique très malaàe déjà, assista, dans l'après-midi du 14 novembre, aux derniers moments de l'Empereur, à qui avaient été notifiés les décrets nommant P'ou-yi et son père. Elle fit ensuite publier le testa-

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