LIVRE IV 30S
ment que Kouang-siu était censé avoir fait, et par lequel il se félicitait d'avoir adopté certaines innovations d'origine étrangère et d'avoir, entre autres, jeté les bases du gouvernement constitutionnel. (Le vrai testament de l'Empereur, celui que l'Impératrice consort découvrit dans sa chambre, disait seulement qu'il savait que l'Impératrice douairière l'avait toujours haï, mais que le principal responsable de tous ses malheurs depuis dix ans était Yuan Che-k'ai et que son vœu était que, le moment venu, celui-ci fût sommairement décapité.) Le i4, au soir, se sentant plus mal, Timpératrice Ts'eu-hi fit elle-même son propre testament. Puis, lorsque au dernier moment un assistant lui demanda, selon l'usage, de prononcer ses dernières paroles, elle parut elle-même résumer son expérience et condamner sa vie et son règne en disant : « Ne laissez plus jamais une femme s'élever au pouvoir suprême, ne permettez pas aux eunuques de se mêler des affaires publiques I » Dans son testament, elle avait, comme l'Empereur, recommandé au Prince régent, à l'Impératrice consort et aux membres du grand Conseil l'organisation du gouvernement constitutionnel qui, aux termes d'un décret rendu le premier jour de la huitième lune, devait être mis en vigueur, après les préparations nécessaires, dans un délai de neuf ans, c'est-à-dire en i9i7. Elle expira le 15 novembre à trois heures de l'aprèsmidi. Le nom sous lequel elle fut canonisée ne contenait pas moins de vingt-deux qualificatifs, tous plus glorieux les uns que les autres, et la plaçant au-dessus du saint lui-même, au-dessus de Gonfucius. Ses obsèques, célébrées le 9 novembre 1909, aux tombeaux de l'Est, coûtèrent un million et demi de taëls. Celles de l'empereur Kouang-siu, célébrées aux tombeaux de l'Ouest,
au mois de mai précédent, n'avaient coûté que le tiers. Le régime du prince Tch'ouen, qui ne dura que trois ans, débuta par la mesure que l'amour du Prince pour la mémoire de son frère, l'empereur Kouang-siu, laissait prévoir : Yuan Che-k'ai ne fut pas décapité, bien que le Régent eût voulu en donner Tordre, mais il fut disgracié et renvoyé dans sa province du Ho-nan. Sous le nouveau Régent, les influences dominantes, malgré Texhortation adressée in extremis par l'impératrice Ts'eu-bi, furent encore des influences de femmes : celles de l'Impératrice douairière, veuve de Kouang-siu, de la fille de Jong-lou, femme du Régent, et de la sœur de celle-ci, qui avait épousé T'ie-leang, président du ministère de la Guerre. A côté du Prince régent, ses frères Tsai-hiun et Tsai-t'ao, le duc Tsai-tso, T'ie-leang, Tchang Tche-tong, Gheng Siuan-bouai, devinrent ou restèrent, avec le prince K'ing, les principaux collaborateurs ou membres du gouvernement . Le Régent avait tenu à confier à ses frères des charges ou des missions militaires ou navales. Le duc Tsai-tso fut son ministre des Finances. Cheng Siuan-houai, l'ancien directeur de la Compagnie des chemins de fer chinois, lut, après la mort de Tchang Tche tong, le négociateur avec les banques et syndicats étrangers pour la concession des grandes lignes de chemins fer. Les puissances étrangères, le Japon surtout, soutenaient le Régent qui, aux yeux du gouvernement japonais, avait le mérite d'avoir disgracié et éliminé Yuan Che-k'ai, et en qui elles cherchaient à fortifier la dynastie mandchoue contre le progrès, trop rapide à leur gré, des réformes politiques et constitutionnelles. Mais le gouvernement du Prince régent, très affaibli par le travail des sociétés secrètes, par l'oppposition des amis de Yuan Che-k'ai, par