LIVRE IV
l'impatience des partis qui voulaient abréger les étapes préparatoires de la réforme constitutionnelle, était, en outre, impopulaire par la liberté de plus en plus grande avec laquelle le Japon et la Russie, dans leurs accords, soit entre eux, soit avec la Chine, disposaient de la Mandchourie ou de la Mongolie, et aussi par la concession faite à des syndicats étrangers des grandes lignes ferrées de Han-K'eou à Canton et de Han-K'eou au Sseutch'ouan. Le prince Tch'ouen et ses conseillers, ne se sentant pas la force de résister aux intrigues et aux menaces des agitateurs qui réclamaient la convocation d'une assemblée constitutionnelle, consentirent à avancer le terme, d'abord fixé en 1917. Les révolutionnaires, enhardis par cette première faiblesse, ne se contentèrent plus de la concession ainsi faite. Le mécontentement et l'inquiétude provoqués dans le pays, soit par les progrès de la politique japonaise et russe en Mandchourie et en Mongolie, soit par la signature des conventions relatives aux grandes lignes ferrées de la Chine centrale, leur parurent des motifs ou prétextes suffisants pour précipiter le dénouement que, depuis longtemps, ils préparaient. La révolution éclata subitement en face de Han-keou, à Wou-tch«Lng, le 10 octobre 1911, et de là se répandit comme une traînée de poudre dans le bassin du Yangtseu et dans tout le Sud. Un gouvernement militaire est organisé à Han-Keou et Wou-tchang sous la présidence du colonel Li Yuan-hong, qui avait jadis servi à Nankin, durant la vice-royauté de Tchang Tche-tong. La révolution l'emporte au Sseu-tch'ouan, au Yun-nan, à Nankin, à Canton. Le Régent et la cour sont pris au dépourvu : ils n'ont ni troupes, ni hommes d'Etat. Quoi qu'il lui en coûte, et quelque humiliation qu'il en ressente, le Régent, con-
seillé par la veuve même de son frère Kouang-siu, l'impératrice douairière Long-yu, n'a d'autre ressource, pour essayer de conjurer le péril, que de s'adresser à l'homme qu'il a disgracié, à celui qui en 1898 avait trahi l'Empereur et qui cependant paraît le seul assez fort, assez puissant pour lutter avec la révolution. Yuan Ghe-k'ai est rappelé, dès le 14 octobre, de son exil du Ho-nan. Il est nommé Vice-Roi des deux Hou et commandant en chef de toutes les forces militaires et navales du Yang-tseu, avec mandat de combattre et de vaincre l'armée révolutionnaire dont Li Yuan-hong est devenu le chef. Yuan Che-k'ai hésite, se fait prier, marchande. Il ne se rend à l'appel du Régent que quand, le 9 novembre, il est nommé président du Conseil impérial de Pékin à la place du prince K'ing, c'est-à-dire quand il se sent enfin le vrai chef du pouvoir et le maître. Le 13 novembre. Yuan arrive à Pékin et prend le commandement des troupes réunies autour de la capitale. Le 15, il accepte la présidence du Conseil et forme son cabinet. Alors s'engage, d'abord entre lui et les révolutionnaires, puis entre lui et la Cour, enfin entre son plénipotentiaire délégué à Shanghai, T'ang Ghao-yi, et le délégué des révolutionnaires, Wou Ting-fang, une longue série de négociations, les unes publiques, les autres secrètes, auxquelles est dû le laborieux enfantement du régime nouveau. Yuan Ghe-k'ai, qui est bien l'homme de ces tractations, qui jamais cependant n'avait eu à les mener, si diverses et parfois si étranges, avec des interlocuteurs si nombreux et si différents, a d'abord à persuader les révolutionnaires et les républicains qu'il vaut mieux négocier que combattre, puis à convaincre la Gour qu'il convient de s'entendre avec la révolution, enfin à faire comprendre à la révolution et à