‹ Ma mission en ChineChapitre 158 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

«es chefs qu'il est, lui, Yuan, le truchement et Tinstruînent le plus propre à amener la solution désirée. Le résultat de ce travail, après que les deux délégués, T'ang ■Chao-yi et Wou Ting-fang, se sont mis d'accord sur la constitution d'une République et que Yuan s'est montré prêt à organiser le nouveau régime, est que Yuan obtient du Prince régent et de la Cour le décret d'abdication de la dynastie, et du premier Président de la République, le docteur Sun Yat-sen, le renoncement à cette présidence en faveur de Yuan lui-même moyennant certaines conditions à définir entre les amis de l'un et les partisans •de l'autre. Le chef-d'œuvre de cette « combinazione » est que c'est l'Impératrice douairière elle-même qui, au nom <ie l'Empereur mineur, décide, par décret, et pour se conformer aux volontés du ciel comme à la souveraineté de la nation, l'adoption de la République, et que, d'autre part, c'est le président provisoire élu par l'Assemblée nationale de Nankin, le docteur Sun Yat-sen, qui, après avoir -donné sa démission, recommande et fait élire comme son successeur Yuan Che-k'ai, président du Conseil de l'Empire.

La dynastie mandchoue décrétait ainsi, en même temps •que sa fin, la création de la République chinoise. Mais le régime nouveau créé de cette sorte était moins la Repu blique que le régime de Yuan Che-k'ai lui-môme. C'est ce que les événements allaient démontrer. Les chefs du parti révolutionnaire et républicain , le docteur Sun Yat-sen, Houang-Hing, Song Kiaô-jen, s'ils n'avaient pas un programme précis de gouvernement, avaient, du moins, des doctrines et des principes. Yuan, en se prêtant, comme il l'avait toujours fait, aux circonstances, en négociant à la chinoise avec les uns et les autres, en suggérant et

trourant les solutions ingénieuses, voyait dans son élévation à la présidence de la République une sorte de promotion de carrière. Il atteignait le plus haut sommet du mandarinat, mais n'imaginait pas sans doute qu'il y eût d'autre moyen et méthode de gouverner, d'administrer la Chine que la méthode qu'il avait toujours employée lui-même.. Il restait, dans la République et à la tête de la République, un mandarin, le premier des mandarins. Sa préoccupation, dans les premiers temps de son pouvoir, fut de se concilier tout le monde, aussi bien l'Impératrice douairière, l'Empereur mineur et les Princes, auxquels étaient conservés, avec une annuité globale de 4 millions de taêls, leurs titres, leurs fonctions rituelles, leurs propriétés privées, que les chefs du parti républicain, les anciens rebelles et jusqu'à ses ennemis personnels. Mais pour se maintenir au pouvoir, pour gouverner au pouvoir et pour vivre, il lui fallait, outre l'acceptation et le consentement des divers partis, l'appui des puissances étrangères et de leur crédit. Les premières dispositions du gouvernement japonais, et de même du gouvernement britannique, étaient loin d'être favorables. Le cabinet de Tokio n'avait jamais caché son peu de sympathie pour l'ancien résident de Chine en Corée, pour l'homme qui, en 1898, avait trahi l'empereur Kouang-siu et qui, d'ailleurs, s'était toujours montré l'ennemi du Japon. Dès les premiers mois de la révolution, le Japon avait un instant fait mine de vouloir soutenir la dynastie mandchoue et le Prince régent. Mais la tâche eût été trop rude, elle eût impliqué une immixtion trop directe dans les affaires intérieures de la Chine. Le gouvernement dès États-Unis, naturellement porté vers les réformateurs et les républicains, eût fait objection à ce que leurs efforts et succès

Page 1