‹ Ma mission en ChineChapitre 159 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

fussent contraries. Ce qui, au reste, importait le plus, c'était que Tordre fût conservé, qu'il n'y eût pas d'interruption dans le gouvernement chinois, que les contrats avec l'étranger et les droits résultant des traités fussent respectés, que la dette de la Chine, très accrue depuis quinze ans, ne fût pas en péril, que le nouveau gouvernement ne fût pas réduit à la disette. C'est le gouvernement français qui, le premier, se convainquit des nécessités qui s'imposaient et qui comprit que le souci le plus urgent des puissances étrangères devait être de ne pas laisser la révolution chinoise et la nouvelle République aux prises avec le besoin, avec la détresse, mauvaise conseillère. Le Cabinet de Paris se mit d'accord avec ceux de Saint-Pétersbourg, de Londres, de Washington, de Berlin et de Tokio pour assurer les ressources nécessaires au nouveau gouvernement et pour avoir ainsi sur lui et sur les destinées du régime créé par la révolution et accepté par l'ancienne dynastie une influence non seulement financière, mais politique. Yuan, de son côté, se rendit compte de l'avantage que lui donnerait, de la force que lui conférerait cet appui financier et politique. Après avoir tant négocié avec la cour, la révolution et les partis chinois, il ne lui en coûtait pas de négocier avec les gouvernements et les financiers étrangers. Il était sûr, s'il se procurait ainsi le nerf de la guerre, de mettre son pouvoir à l'abri et de tenir en respect les oppositions. La négociation de l'emprunt chinois, dit de i éorganisation, devint la grande affaire du nouveau régime, le levier dont l'étranger disposait à l'égard du gouvernement chinois et dont Yuan disposait, d'autre part, à l'égard de son peuple.

L'habileté de Yuan fut aussi souple et consommée qu'il

le fallut pour mener à bien, malgré les traverses et le» obstacles, la longue négociation de l'emprunt, pour traiter concurremment avec les puissances étrangères les autres^ questions, d'ordre politique, liées à celle de l'emprunt, et avec les divers partis chinois les questions intérieure» relatives à l'organisçttion de la République. Yuan sut, par sa patience et son art, reporter peu à peu vers le gouvernement central et vers Pékin, d'abord le parlement national et le cabinet que le docteur Sun Yat-sen et le général Houang-Hing avaient jusqu'alors maintenus à Nankin,, puis, lorsque des crises successives survinrent dans ses cabinets ministériels, les résoudre en sa faveur, enfin amener à Pékin même, pour des visites solennelles et significatives, l'un après l'autre, les deux chefs du parti républicain, Sun Yat-sen et Houang-Hing, qu'il essaya de s'attacher d'une façon plus durable en leur confiant le» charges lucratives de la Direction générale des chemins de fer et des mines sur toute l'étendue du territoire. Il y eut, lors de cette visite du docteur Sun Yat-sen et du général Houang Hing à Yuan Che-Kai, un moment vraiment unique et qui permettait de concevoir les plus belle» espérances d'union et d'harmonie, c'est lorsque au banquet donné en leur honneur assistèrent le prince P'oulouen, comme représentant de l'Empereur mineur et de l'Impératrice douairière, le prince Tsai-t'sun, frère de l'ancien régent, et Na-t'ong, le vice-président du dernier cabinet impérial présidé par le prince K'ing. Il semblait que la nation tout entière fût réconciliée et qu'entre l'ancienne dynastie et la République nouvelle il y eût la même émulation, la même bonne volonté pour l'intérêt universel et le bien public. Yuan lui-même tint à consacrer es résultats de cette heureuse journée par une

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