LIVRE IV
sorte de pacte dans lequel il consigna, d'accord avec le docteur Sun Yat-sen et le général Houang-Hing, la formule des huit principes fondamentaux dont devait s'inspirer le gouvernement national. Le premier de ces principes, le plus cher au cœur de Yuan, était que le gouvernement devait être fortement centralisé. Un vaste plan était en même temps conçu pour le développement des provinces, pour Ja réorganisation des finances, pour l'exécution du réseau ferré et l'exploitation des mines, pour l'adoption définitive de la politique de la porte ouverte et l'admission en Chine des capitaux étrangers.
Yuan l'emportait, et c'était peu à peu à son image ou plutôt à sa taille que se modelait le nouveau régime. Cette République, fortement centralisée et dévouée à la création, au développement de la richesse nationale, était bien celle dont pouvait être président et que pouvait administrer un ancien fonctionnaire de l'Empire, nourri dans la doctrine et la tradition mandarinales. Aussi lorsque la lune de miel commença à se gâter, lorsque, quelques mois après cette visite des deux chefs républicains à Pékin, les divergences, les motifs d'opposition apparurent, lorsque la désunion se mit dans les rangs. Yuan était-il déjà tout prêt à reprendre, s'il le fallait, les anciennes pratiques de l'autorité et du gouvernement, sinon fort, du moins rude. C'est à cette tradition que, d'instinct. Yuan n'hésita pas à revenir quand, en présence des obstacles que les partis parlementaires opposaient à la conclusion de l'emprunt étranger et à la signature d'importants accords avec les puissances étrangères, ou des difficultés qui lui étaient suscitées pour la constitution de ses cabinets, il lui fallut montrer qu'il entendait être et rester le maître. L'emprunt et les traités furent signés malgré
Zit MA MISSION EN CHINE
les votes contraires du Parlement (avril 1913), et Yuan brava facilement l'opposition ou l'obstruction parlementaire, pourvu qu'il eût l'appui et le crédit de l'étranger. Puis, lorsque enfin, par la conclusion de l'emprunt, ses ressources furent assurées, et que de premières avances, avant même l'émission, lui furent consenties, il s'enhardit «ncore. C'est dans ce printemps de 1913 que les révolutionnaires ayant cru pouvoir jeter le gant et ayant provoqué Yuan, non plus seulement au Parlement, mais dans les provinces où la rébellion renaissait, le Président n'attendit pas que l'armée de la révolution grossit et devînt tout à fait menaçante. Par les troupes et les généraux dont il pouvait disposer, comme par l'or rentré dans ses caisses, Yuan n'eut pas de peine à étouffer dans l'œuf l'insurrection qui n'avait pas eu le temps de s'organiser. La répression fut sans pitié. Ceux des chefs qui échappèrent durent se réfugier à Hong-Kong, Singapore, au Japon ou aux États-Unis. Les villes du Yang-tseu et du Sud où les révolutionnaires avaient été réduits et battus furent solidement occupées. Quant aux partis politiques qui espéraient pouvoir poursuivre au Parlement leur opposition. Yuan les frappa comme rebelles, ferma leurs clubs, contesta et disqualifia leurs mandats, s'assurant ainsi dans un Parlement épuré et dominé la majorité qui lui était nécessaire. Vis-à-vis du Japon qui, pour obtenir réparation du meurtre de quelques-uns de ses nationaux tués au siège de Nankin, avait envoyé des bâtiments de guerre sur le Yang-tseu, et dont la presse demandait des mesures énergiques contre la Chine, Yuan, conscient du danger, négocia avec tant de savoir-faire et de succès qu'au moment le plus critique, et lorsque son élection définitive à la Présidence, qui venait enfin de s'accomplir,