LIVRE IV
si fatidiques, survenus dans les quinze dernières années. Par un retour qui, dans l'enchaînement des faits, a sa logique tout ensemble et sa justice, la même puissance qui avait en 1894-1895 vaincu la Chine sans garder alors tout le bénéfice de sa victoire, Je Japon que déjà, dix ans plus tard, la guerre de 1904-1905 avait remis en possession de Port-Arthur, allait se saisir de l'autre port dont l'une des puissances qui étaient intervenues après le traité de Shimonoseki, l'Allemagne, avait prétendu faire la récompense, le salaire de son intervention, et en même temps la base, le levier de son action ultérieure en Chine, dans la mer Jaune et sur le Pacifique. Le Japon, comme allié de la Grande-Bretagne et comme signataire des accords de 1907 avec la France et avec la Russie, avait naturellement son rôle à jouer dans la guerre de 1914- 1918. Dès le 15 août 1914, le gouvernement japonais, s'attachant à reproduire dans la communication qu'il fit à cette date au gouvernement allemand les termes mêmes dont ce dernier avait usé en 1895, lors de son intervention après le traité de Shimonoseki, invitait l'Allemagne à retirer immédiatement des eaux chinoises et japonaises tous les bâtiments de guerre ou navires armés qu'elle y possédait et à livrer au Japon, sans condition ni compensation, à une date qui ne devait pas être postérieure au 15 septembre suivant, le territoire cédé à bail de Kiao-tcheou qui serait éventuellement restitué à la Chine. Le gouvernement allemand ayant fait savoir qu'il n'avait pas à répondre à cette communication, le gouvernement japonais se considéra, à partir du 23 août, comme en état de guerre avec TAllemagne. Des opérations furent aussitôt dirigées par mer et sur terre contre le port, la forteresse et le territoire de Kiao-tcheou. A la flotte japonaise et aux
3i6 MA MISSION EN CHINE
30000 hommes de l'armée mikadouale qui fut chargée de Pexpédition se joignit un contingent britannique sous les ordres du général-major Barnardiston. Après des opéra* tions préparatoires qui se prolongèrent du 15 septembre à la fin d'octobre, les Japonais commencèrent le 31 octo* bre, c'est-à-dire le jour même de la fête de l'Empereur, le bombardement général de la forteresse allemande de Ts'ing-tao. Le 7 novembre la forteresse capitulait, le 11 les Japonais y faisaient leur entrée et en prenaient possession.
L'expédition avait coûté au Japon 1 500 tués ou blessés, trois bâtiments (un croiseur, un contre-torpilleur, un torpilleur) et 100 millions de yen.
Le 18 janvier 1915, le ministre du Japon à Pékin remit au président de la République, selon l'ordre formel qu'il en avait reçu de son gouvernement, une série de documents comprenant, avec deux projets de conventions tout établis et prêts à être signés, Tun relatif à la province du Chan-tong et au transfert au Japon des droits, intérêts et avantages y concédés à l'Allemagne par la Chine, l'autre relatif à la Mandchourie méridionale et à la Mongolie intérieure de l'Est, la liste dressée en trois autres groupes de diverses autres demandes, toutes destinées à assurer la légitime expansion des intérêts japonais en Chine. C'était, en somme, la note des conditions dans lesquelles, en restituant ultérieurement à la Chine, après la conclusion de la paix en Europe, le territoire de Kiao-tcheou, reconquis sur l'Allemagne, le Japon entendait régler et résoudre les questions demeurées pendantes entre les deux gouvernements, soit au Chan-tong, soit en Mandchourie et en Mongolie, soit dans d'autres régions, telles que le bassin du Yang-tseu et le Fou-Kien. Malgré le peu de disposition