LIVRE IV
du gouvernement chinois à s'y prêter, des négociations furent entamées à Pékin, le 2 février, entre les deux gouvernements, et se poursuivirent jusqu'au 17 avril daas vingt-quatre conférences qui n'avaient, à cette date, abouti à aucun résultat définitif. Le 26 avril, par esprit de conciliation, le ministre du Japon reçut l'instruction de remettre un projet modifié et moins étendu, auquel la Chine opposa le 1" mai un contre-projet qui n'eut pas l'assentiment du gouvernement japonais. Le 7 mai enfin, le ministre du Japon remit au ministre chinois des Affaires étrangères une dernière note rédigée sous la forme d'un ultimatum et qui l'invitait à accepter purement et simplement le projet du 26 avril, sous peine de voir le Japon reprendre son entière liberté d'action. Le 8 mai, la Chine s'inclina. Le 25, les nombreux textes, conventions, notes, lettres, déclarations constituant l'accord reçurent les signatures définitives. Par l'accord ainsi convenu et accepté de part et d'autre, le gouvernement japonais s'engageait à restituer à la Chine, après le rétablissement de la paix générale, le territoire de Kiaotcheou, mais à condition que ce port ne fût jamais aliéné à aucune puissance, qu'il devînt un port ouvert au commerce international, qu'une concession y fût réservée aux nationaux japonais, et une autre, s'ils le désirent, aux nationaux étrangers, enfin que des arrangements fussent faits entre les gouvernements chinois et japonais quant aux établissements publics et propriétés ayant appartenu au gouvernement allemand. Le Japon obtenait, en outre, les divers avantages qu'il avait réclamés dans le Chantong (ouverture de ports, concessions de chemin de fer et de mines), dans la Mandchourie méridionale et la Mongolie orientale (prolongation de quatre-vingt-dix-neuf ans
des baux de Port-Arthur, de Ta-lîen-wan, des chemins de fer de la Mandchourie méridionale et d'Antung-Moukden, ouverture de villes, concessions de mines et de chemins de fer), dans le bassin du Yang-tseu (faculté d'une entente et association à établir entre capitalistes chinois et japonais pour Texploitation de la Société Han-yeh-p'ing), dans le Fou-kien (engagement du gouvernement chinois de ne concéder à aucune puissance étrangère le droit de construire un arsenal, d'avoir un dépôt militaire de charbon, une station navale ou n'importe quel établissement militaire sur la côte du Fou-kien^ et de ne pas recourir luimême au capital étranger pour la construction d'aucun établissement de ce genre).
Ainsi étaient déterminées et scellées, vingt ans après le traité de Shimonoseki, et cette fois avec l'assentiment de l'Europe, d'une Europe où dominaient, comme en Extrême- Orient, les puissances de la Triple-Entente, les destinées de la Chine, d'une Chine dans laquelle le Japon, par la logique des événements, par ses propres accords avec les puissances de l'Ouest, avait sa part, sa zone d'influence, son rayonnement politique et économique, son expansion industrielle et commerciale. Telle était la conclusion de la période ouverte par la guerre sino-japonaise de 1894-1895, et qui atteignait son terme durant cette guerre mondiale de 1914-1918, dans laquelle le Japon était Pallié, non plus seulement de la Grande-Bretagne, mais des deux autres puissances de la Triple-Entente, de la France et de la Russie.
Quelques mois après la date à laquelle l'accord sinojaponais du 25 mai 1915 était conclu, dans l'automne de cette même année, l'empereur du Japon, Yoshi-hito, célébrait à Kyoto, selon les rites traditionnels de la race et de