‹ Ma mission en ChineChapitre 164 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

la dynastie du Yamato, la cérémonie de son couronnement, jusqu'alors retardée par les deuils successifs de la Cour mikadouale. En même temps se répandait à Pékin le bruit qu'après un long et silencieux travail de préparation, le président Yuan Ghe-k'ai, obéissant à un soi-disant plébiscite de la nation chinoise, consentait à restaurer la monarchie et à devenir lui-même le chef d'une nouvelle dynastie. Le gouvernement japonais était loin sans doute d'apprécier cette coïncidence entre Ja cérémonie du sacre de son souverain et l'ascension au rang suprême de l'ancien résident général de Corée, qui déjà ne devait son élévation à la présidence de la République qu'à des actes dont la Cour de Tokio n'avait pas été particulièrement édifiée. Lorsque Yuan Che-k*ai annonça son intention d'envoyer à Tokio un ambassadeur spécial qui serait chargé de féliciter l'empereur du Japon au lendemain du sacre et sans doute de faire part de l'événement qui se préparait à Pékin, le gouvernement mikadoual déclina l'offre de cette mission qu'il ne jugeait pas à propos de recevoir. Le cabinet de Tokio avait, d'ailleurs, déjà déclaré qu'il ne considérait pas comme opportun un changement qui risquait de susciter des troubles intérieurs en Chine. Les troubles, au surplus, n'ont pas tardé à se produire au Yun-nan, dans le Sseu-tch'ouen, au Koueitcheou, dans le Chan-si, en Mongolie. Bien que déjà salué du titre de Majesté par certaines autorités chinoises, ainsi que par les ministres d'Allemagne et d'Autriche- Uongrie à Pékin, Yuan a, devant l'intimation significative du gouvernementjaponais, différé une résolution accueillie avec si peu de faveur. La Gazette officielle de Pékin a fait savoir le 23 février 1916 que le président Yuan ajournait sine die la date du couronnement, « en raison de la

situation troublée des provinces •. Le gouvernement japonais avait, non sans quelque répugnance, accepté en i9iâ la résolution paradoxale prise par la Cour de Pékin d'appeler à la vie et de substituer à son propre pouvoir la République chinoise. Il ne lui convenait pas sans doute de se prêter à l'évolution nouvelle et à l'installation sur le trône impérial du Président, si prompt aux transformations, en qui il ne pouvait voir qu'un usurpateur. Yuan venait de se heurter définitivement à l'obstacle qui lui barrait la route.

Il essaya encore, selon sa méthode ordinaire, de ruser, de biaiser, de louvoyer. Après avoir renoncé à son rêve de restauration impériale, il affecta, pour désarmer les défiances, de se dépouiller d'une partie de ses pouvoirs. Il choisit, pour président de son ministère, Touan K'i-jouei, ministre de la Guerre, ancien gradué de l'École militaire du Pei-yang, qui avait été son principal conseiller militaire, lorsqu'il était lui-même vice-roi du Tche-li, et qui, au moment de la révolution, lui avait succédé au mois de novembre 1911 comme vice-roi des deux Hou. Touan avait toujours été un de ses plus fidèles partisans et soutiens, et en se déchargeant sur lui de ses pouvoirs, il restait encore le maître. Il tenta, dans ces conditions, de remédier peu à peu à ses pertes de prestige et de rentrer en grâce auprès de certains partis en favorisant la nomination de délégués des diverses provinces qui seraient chargés, soit de préparer une nouvelle présidence, soit de trouver une solution à l'imbroglio dans lequel il s'était placé. Mais Touan lui-même ne se souciait plus .de se compromettre pour lui. Un grand nombre de ses anciens partisans, parmi les généraux ou les mandarins qu'il avait le plus protégés, l'abandonnaient. Les républi-

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