LIVRE IV Jîf
cains, le voyant ébranlé et menacé, s'efforçaient de lui porter les derniers coups. Le Japon enfin le tenait à peu près à sa merci et ne lui laissait pas grand espoir d'échapper à l'inévitable dénouement.
Le bruit de sa mort avait déjà couru dans les derniers jours du mois de mai 1916, pour être aussitôt démenti.
Mais le 6 juin, les télégrammes de Shanghai et de Pékini ne laissèrent plus de doute. Yuan Ghe-k'ai avait succombé le 5, soit à une attaque d'urémie, comme l'annoncèrent d'abord les premières nouvelles, soit à un empoisonnement qui peut-être a été volontaire. Le suicide était, en somme, l'issue la plus conforme à l'étiquette chinoise que Yuan pût souhaiter. Le vice-président Li Yuan-hong, qui était depuis plusieurs mois à Pékin, fut, conformément à la constitution provisoire qui régit la Chine, nommé président temporaire. Le président du Conseil, Touan K'i-jouei, en annonçant cet avènement aux ministres étrangers, ajouta que la Chine comptait sur la sympathie des puissances pour l'aider à franchir ce pas difficile. La présidence de Li, outre qu'elle était la solution légale, était aussi, pour le moment du moins, celle qui soulevait le moins d'ombrages et qui pouvait être le plus aisé-^ ment acceptée par les divers partis.
La présidence de Li Yuan-hong, bien qu'ouverte sous ces auspices favorables, et bien que le gouvernement japonais notamment l'eût accueillie avec une satisfaction marquée, devait ne durer qu'un peu plus d'un an et subir, dans son cours éphémère, de pénibles traverses. Le président ne réussit pas à concilier les diverses fractions du parti républicain, ni les représentants du parti militaire, ni à plus forte raison les deux puissances rivales, le Parlement et l'armée, ou plutôt les généraux.
Il avait gardé comme président du Conseil le général Touan K'i-jouei qui, soutenu lui-même par un certain nombre des généraux et par une fraction importante du Parlement, était loin cependant de pouvoir compter sur une majorité stable et qui, d'autre part, n'avait pas l'entière confiance du chef de l'État. Quelques mois après l'avènement de Li Yuan-hong, au mois d'octobre 1916, le général F'eng Kouo-chang, commandant en chef des troupes chinoises à Nankin, avait été élu vice-président de la République, et le docteur Wou-ting-fang, ancien ministre de Chine à Washington, et qui avait représenté le parti républicain aux conférences constitutionnelles de Shanghai, avait été, avec l'assentiment du Parlement, nommé ministre des Afl'aires étrangères. Ces nominations, agréables à certains chefs parlementaires, et môme à quelques éléments du parti avancé et des Sudistes, ne fortifiaient pas cependant le gouvernement du président Li, dont elles avaient plutôt pour effet de diminuer Tunité.
Mais ce fut surtout dans les premiers mois de l'année 1917, lorsque le gouvernement des Etats-Unis de l'Amérique du Nord, après avoir, le 4 février, rompu les relations diplomatiques avec l'Empire allemand, conseilla aux Puissances neutres de l'ancien, comme du nouveau monde, de suivre son exemple, que la Chine, inquiète et partagée devant la résolution à prendre, laissa apparaître les divisions intestines qui gênaient son action. Le général Touan et le ministre Wou-ting-fang étaient, eux, décidés à répondre à l'appel des États-Unis, et réussirent, non sans peine, à faire approuver par le Parlement la rupture diplomatique av^ec l'Allemagne (14 mars 1917). Le président Li avait tout d'abord résisté à l'avis et à