LIVRE IV
Taction de ses ministres. Le général Touan s'était, pendant quelques jours, retiré à Tien-tsift jusqu'à ce que le président, après le vote du Parlement, se fût résigné à ratifier la rupture avec les Empires germaniques.
La difficulté et les divisions s'aggravèrent lorsque, après la déclaration de guerre entre l'Empire allemand et les États-Unis (3 avril 1917), le gouvernement chinois eut, à son tour, à se prononcer sur le parti à prendre. Le général Touan K'i-jouei et le ministre Wou-ting-fang estimaient qu'il n'y avait pour eux qu'à suivre l'exemple des États-Unis et à compléter par la déclaration de l'état de guerre leur première décision du 14 mars. Le président Li Yuan-hong hésitait, le Parlement, très travaillé par les agents de la propagande germanique, était plus incertain que jamais : il vota l'état de guerre, mais en réservant la mise à exécution de ce vote jusqu'à ce que la crise ministérielle déterminée par le dissentiment entre le président Li et le président du Conseil eût reçu une solution.
Dans cette situation obscure que les intrigues allemandes ne manquaient pas d'exploiter, tandis que le général Touan, qui avait de nouveau donné sa démission, s'était réfugié à Tien-tsin, le président Li avait consulté les divers gouverneurs de provinces et les généraux, notamment le général Tchang-hiun, commandant des troupes de Siu-tcheou-fou, sur la frontière du Ghan-tong et du Kiang-sou, qu'il avait appelé à Pékin. Sur le conseil de ce dernier, le président Li avait dissous le Parle-f ment. Le général Tchang-hiun, qui était un homme de l'ancien régime et un partisan de la manière forte, voyant le désarroi et la discorde des partis républicains et une sorte de vacance du pouvoir, crut l'occasion propice pour
le rétablissement de la dynastie mandchoue. Dans la nuit du 30 juin au 1" juillet, il pénétrait chez le président Li, lui annonçait sa déposition et ravènement comme empereur du prince Pou-Yi, âgé de onze ans, héritier de Tancienne dynastie.
Les républicains, ne pouvant se résigner à ce coup de force et de surprise, firent trêve, pour quelque temps du moins, à leurs divisions. Le général Touan sut, de Tientsin, rassembler en hâte des troupes suffisantes pour tenir tête aux soldats de Tchang-hiun, tandis que le président Li, qui avait pu trouver asile à la Légation du Japon, jTaisait parvenir au vice-président F'eng, à Nankin, les sceaux de la présidence. Dès que les troupes du général Touan approchèrent de Pékin, la petite armée du général Tchang-hiun, battue sur la ligne du chemin de fer, courut s'enfermer dans la capitale. Quelques jours après, elle capitulait sans coup férir. Un édit impérial proclamait l'abdication du prince Pou-yi qui n'avait fait qu'apparaître, comme une vision, sur le trône des Ta-tsing. Le général Tchang-hiun, vaincu, se retirait à la Légation des Pays-Bas.
Dans ce brusque dénouement, le général Touan put rentrer à Pékin et y reprendre la présidence du Conseil, tandis que le vice-président F'eng Kouo-chang, qui, conformément à la constitution de 1912, recueillait la succession du président Li, se préparait à quitter Nankin pour s'installer dans la capitale. Le premier acte du général Touan, en reprenant possession du pouvoir, avait été d'annoncer sa résolution de déclarer l'état de guerre de la Chine avec les Empires germaniques. Dès l'arrivée du président F'eng à Pékin, et dès la constitution régulière du cabinet dont le général Touan assumait la prési-